Plainte pour harcèlement au travail : les alternatives à l’enquête interne
Attention
La réglementation a pu évoluer depuis la publication de cet article. Pensez à vérifier les textes en vigueur.
Lorsqu’un salariĂ© alerte son employeur quant Ă un potentiel harcèlement, il n’est pas obligatoire de rĂ©aliser une enquĂŞte interne. En effet, mĂŞme si l’enquĂŞte reste une solution de choix pour Ă©claircir la situation, elle n’est pas nĂ©cessairement la rĂ©ponse Ă privilĂ©gier. Tour d’horizon des alternatives possibles.Â
Pourquoi l’enquête n’est pas toujours la meilleure solution
Dans la grande majoritĂ© des cas, une alerte pour harcèlement moral ou sexuel au travail dĂ©note d’une situation de souffrance, mais elle ne relève pas forcĂ©ment pour autant d’un harcèlement au sens lĂ©gal du terme.Â
Si l’enquĂŞte est souvent nĂ©cessaire pour faire la lumière sur les faits, elle peut avoir des effets collatĂ©raux dommageables auxquels l’employeur et les Ă©lus du personnel ne s’attendent pas toujours, par exemple :Â
- le scindement du collectif en clans, certains membres de l’équipe désapprouvant le lanceur d’alerte ou le mis en cause ;
- l’altération de l’état de santé des personnes interrogées, chacune craignant les conséquences de ses dires ;
- après l’enquĂŞte, et quelles que soient ses conclusions, la stigmatisation du mis en cause et/ou du lanceur d’alerte.Â
Bien sĂ»r, l’employeur veillera Ă toujours recevoir, Ă minima, le mis en cause et le lanceur d’alerte. Et Ă partir de lĂ , dĂ©cider de diligenter une enquĂŞte ou bien de prendre d’autres mesures.Â
Alternative numéro 1 : appliquer des sanctions
Dans le cas d’une faute avĂ©rĂ©e, soit parce que des documents en constituent la preuve (par exemple, des injures par email), soit parce que le mis en cause reconnaĂ®t les allĂ©gations qui sont portĂ©es contre lui, l’application d’une sanction est appropriĂ©e.Â
L’employeur devra veiller à déterminer une sanction proportionnée à la faute et à respecter les délais légaux. En cas de licenciement pour faute grave, l’employeur devra apporter les preuves motivant son choix et respecter la procédure.
Alternative numéro 2 : apaiser le conflit
D’autres situations laissent apparaĂ®tre l’existence d’un conflit interpersonnel qui fait suite Ă des malentendus, l’accumulation de frustrations ou de mĂ©contentements, un Ă©vitement rĂ©ciproque ou une incompatibilitĂ© de caractères.Â
Dans ce cas, et si le lanceur d’alerte ne rapporte aucun grief qui pourrait laisser suspecter un harcèlement, on cherchera Ă rĂ©soudre le conflit par une mĂ©diation, ou un accompagnement qui s’en inspire.Â
L’intervention d’un mĂ©diateur assermentĂ© peut ĂŞtre utile pour offrir un espace d’expression sĂ©curisĂ© et neutre et permettre aux intĂ©ressĂ©s de trouver des solutions Ă leurs dĂ©saccords. Toutefois, un membre du personnel (RH, manager, Ă©lu, etc.) peut tout aussi bien mener cette dĂ©marche, s’il dispose de connaissances et/ou d’une expĂ©rience lui permettant de guider les parties en conflit tout en se sentant Ă l’aise pour le faire. Â
Alternative numéro 3 : résoudre les difficultés liées au travail lui-même
Enfin, la solution se trouve parfois du cĂ´tĂ© de l’organisation du travail. Une charge de travail mal rĂ©partie, des pĂ©rimètres de responsabilitĂ© flous, des process trop lourds, des outils inadaptĂ©s ou un manque de formation peuvent mener au conflit.Â
Dans ce cas, on prendra le temps d’explorer les causes et de rĂ©unir les diffĂ©rentes personnes concernĂ©es par le problème, mĂŞme si elles ne sont pas parties prenantes du conflit. Bien souvent, le seul fait de commencer Ă ouvrir la discussion de cette manière apaise les personnes et les manifestations du conflit.Â
Des outils inspirĂ©s de l’ergonomie ou des thĂ©ories de l’organisation du travail peuvent ĂŞtre utiles pour mener Ă bien cette dĂ©marche, comme par exemple l’analyse des goulets d’étranglements, des temps de travail ou des causes racines Ă l’aide d’un diagramme en arĂŞte de poisson.Â

Attention, une fois que des pistes de solutions se dĂ©gagent, il ne faut pas pour autant se prĂ©cipiter sur la première idĂ©e venue, qui pourrait s’avĂ©rer peu en phase avec le besoin ou irrĂ©alisable. On pourra ainsi s’inspirer de ce tableau pour avancer vers une action vraiment concrète et utile. Â
 | Action 1 | Action 2 | Etc. |
Obstacles au déploiement |  |  |  |
Risques Ă long terme | Â | Â | Â |
Conditions de mise en œuvre (étapes et modalités, calendrier projectif, personne responsable) |  |  |  |
En conclusion, retenons que :Â
- ces alternatives ne s’excluent pas les unes des autres. Il est tout à fait possible, et même souvent sage, de cumuler des actions dont les effets convergeront vers la résolution de la situation ;
- quelles que soient les mesures il ne faut pas oublier de tracer à l’écrit ce qui a été fait, quand et pourquoi ;
- mĂŞme s’il est dĂ©cidĂ© de rĂ©aliser une enquĂŞte, il faut mettre un soin particulier dans la communication que l’on adresse aux personnes concernĂ©es, mais aussi Ă l’équipe qui les entoure.Â
L'objectif de l’employeur est avant tout de prĂ©server la santĂ© des collaborateurs et du collectif de travail. Aussi, chaque situation doit faire l’objet d’une analyse patiente et attentive afin de prendre les bonnes dĂ©cisions.Â
Cour de cassation, chambre sociale, 12 juin 2024, n° 23-13.975 (la cour d'appel, qui a fait ressortir que l'employeur avait pris les mesures suffisantes de nature à préserver la santé et la sécurité de la salariée, a pu en déduire, nonobstant l'absence d'enquête interne, que celui-ci n'avait pas manqué à son obligation de sécurité)
Sur les goulets d’étranglement : Goldratt, E. M. & Cox, J (2004). The Goal: A Process of Ongoing Improvement. North River Press; 3rd Revised Edition.Â
Psychologue clinicienne - Consultante
Psychologue depuis 10 ans, Emma met son expérience de terrain au service des préventeurs, RH et élus, souvent en première ligne et eux aussi fragilisés.
Son objectif : leur transmettre des outils …
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