Rapport d'expertise du CSE : l'absence de signature de l'expert-comptable peut entraîner sa nullité !
Lorsque le CSE mandate un expert-comptable, certaines exigences formelles doivent être respectées : la lettre de mission doit désigner l’expert en charge et le rapport final doit être signé par celui-ci. À défaut, la mission n’est pas réputée avoir été réalisée sous sa responsabilité, ce qui entraîne la nullité du rapport et le remboursement des honoraires à l’employeur.
Expertise comptable du CSE : une mission strictement encadrée
Le CSE peut décider de recourir à un expert-comptable dans un certain nombre de situations, notamment dans le cadre des consultations récurrentes sur la situation économique et financière de l’entreprise et sur la politique sociale, les conditions de travail et l’emploi.
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Dans ce cadre, le coût de l’expertise est pris en charge à 100 % par l’employeur.
L'exercice de cette mission est strictement encadrée, notamment par l’ordonnance du 19 septembre 1945 portant institution de l'ordre des experts-comptables, dans sa rédaction modifiée par l'ordonnance n° 2016-1809 du 22 décembre 2016.
Son article 12 impose deux exigences cumulatives :Â
- les travaux doivent être réalisés sous la responsabilité d’un expert-comptable identifié ;
- ces travaux doivent ĂŞtre assortis de la signature personnelle de l'expert-comptable.
Enfin, l’employeur a la possibilité de contester l’expertise devant le tribunal judiciaire dans un délai de 10 jours à compter du jour où il a connaissance de l'élément contesté (Code du travail, art. R. 2315-49).
Absence de signature de l'expert-comptable sur le rapport : la nullité est-elle justifiée ?
La dĂ©signation d’une sociĂ©tĂ© d'expertise par le comitĂ© social et Ă©conomique ne suffit pas : il est nĂ©cessaire qu'un expert-comptable identifiable assume la responsabilitĂ© de la mission et appose sa signature sur la lettre de mission.Â
Lorsqu’il ne peut pas ĂŞtre Ă©tabli que la mission confiĂ©e par le CSE Ă la sociĂ©tĂ© d'expertise a Ă©tĂ© exĂ©cutĂ©e sous la responsabilitĂ© d'un expert-comptable, le rapport d’expertise encourt la nullitĂ©.Â
C’est ce qu’a confirmé la Cour de cassation, dans un arrêt rendu le 11 février dernier.
Dans cette affaire, un CSE avait décidé de recourir à une expertise portant, d'une part, sur la situation économique et financière de l'entreprise et, d'autre part, sur la politique sociale, les conditions de travail et l'emploi. A cet effet, une société d'expertise comptable a été désignée par le comité.
La société d’expertise a adressé à l'employeur sa lettre de mission, puis a sollicité et perçu un acompte. Le rapport final a été déposé moins d'un an plus tard, suivi de l'envoi de la facture définitive.
L'employeur a alors saisi le tribunal judiciaire, sollicitant la nullitĂ© de l'expertise et le remboursement de l'acompte versĂ©.Â
Les juges d’appel, dont la dĂ©cision a Ă©tĂ© confirmĂ©e par la Cour de cassation, ont prononcĂ© la nullitĂ© du rapport d'expertise, après avoir relevĂ© que :Â
- la lettre de mission ne comportait aucune désignation de l'expert-comptable en charge de la mission ;
- le rapport final, bien que mentionnant le nom d'un expert-comptable de la société, ne comportait pas la signature de ce dernier.
Les juges en ont conclu qu’au vu de ces Ă©lĂ©ments, il ne pouvait pas ĂŞtre Ă©tabli que la mission avait Ă©tĂ© exĂ©cutĂ©e sous la responsabilitĂ© d'un expert-comptable.Â
La société d’expertise a été condamnée à rembourser l'acompte perçu à l’employeur.
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Cour de cassation, chambre sociale, 11 février 2026, n° 24-19.826 (la lettre de mission ne comportant pas la désignation de l'expert-comptable, et le rapport final ne comportant pas sa signature, il n'est pas établi que la mission d'expertise ait été exécutée sous la responsabilité d'un expert-comptable, ce qui induit que le rapport d'expertise doit être annulé et la société d'expertise condamnée à rembourser à l'entreprise l'acompte perçu)
Juriste et autrice en droit social
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