Rapport annuel de la Cour de cassation : les suggestions de réformes qui intéressent les représentants du personnel

Publié le 11/08/2025 à 09:37·Modifié le 21/08/2025 à 11:01
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Temps de lecture : 4 min

La Cour de cassation a publié son rapport annuel de l’année 2024. A cette occasion, elle réitère deux propositions de réformes suggérées, l’année dernière, en matière de représentation du personnel. L’une d’elle vient d’ailleurs d’être suivie d’effet avec la publication d’un nouveau décret.

La procédure applicable en matière de contestation des désignations des représentants de proximité

La Cour de cassation suggère, une nouvelle fois, de codifier la procédure applicable en cas de contestation de la désignation des représentants de proximité.

Pour rappel, les représentants de proximité interviennent dans les entreprises d’au moins 50 salariés dotées d’un CSE. Leur mise en place est facultative et suppose un accord entre l’employeur et les organisations syndicales. Leur rôle dépend de l’accord qui les institue.

Jusqu’alors, aucun texte n’abordait la question de la compétence et de la procédure applicable en matière de contestation des désignations des représentants de proximité.

La Cour de cassation était venue pallier cette lacune législative en précisant, dans un arrêt du 1er février 2023, que les contestations relatives aux conditions de désignation des représentants de proximité :

  • devaient ĂŞtre formĂ©es devant le tribunal judiciaire statuant sur requĂŞte, les parties Ă©tant dispensĂ©es de constituer avocat (soit une procĂ©dure diffĂ©rente de celle des membres du CSE)  ;
  • relevaient  de la compĂ©tence du tribunal judiciaire du lieu oĂą la dĂ©signation est destinĂ©e Ă  prendre effet, peu important les modalitĂ©s de cette dĂ©signation dĂ©finies par accord.

La Direction des affaires civiles et du sceau (DACS), en accord avec la position de la chambre sociale et la Direction générale du travail (DGT), proposait ainsi d’expliciter cette procédure dans le Code du travail, suggérant que les contestations soient soumises aux mêmes règles que celles concernant les autres représentants du CSE. 

C’est finalement chose faite ! En effet, un décret du 8 juillet 2025 est venu mettre fin à ce vide juridique en ajoutant un nouvel article  R. 2313-7 dans le Code du travail. Celui-ci précise enfin la procédure à suivre en cas de contestation sur la désignation d’un représentant de proximité. Elle entre en vigueur au 1er septembre.

La procédure de contestation du coût définitif de l’expertise comptable réalisée à l’initiative du CSE par l’employeur

Comme l’année dernière, la Cour de cassation renouvelle une suggestion de réforme en matière de procédure de contestation, par l’employeur, du coût définitif des expertises comptables engagées à l’initiative du comité social et économique (CSE).

Pour rappel, le CSE peut recourir à un expert-comptable ou à un expert habilité : 

  • dans le cadre de ses consultations rĂ©currentes ;
  • dans un cadre plus ponctuel d’exercice du droit d’alerte Ă©conomique, de  licenciement collectif pour motif Ă©conomique, ou encore lorsqu’un risque grave, identifiĂ© et actuel est constatĂ©.

En l’état actuel du droit, lorsque des litiges s’élèvent autour de cette expertise, l’employeur a 10 jours pour saisir la justice. La procédure est alors accélérée, c’est-à-dire traitée dans un court laps de temps, par le président du tribunal judiciaire directement. En effet, le juge statue dans les 10 jours suivant sa saisine.

Relèvent, en effet, de cette  procédure : 

  • la contestation de la nĂ©cessitĂ© de l’expertise ;
  • la contestation du choix de l’expert ;
  • la contestation du coĂ»t prĂ©visionnel, de l’étendue ou la durĂ©e de l’expertise.

Seule la contestation du coût définitif de l’expertise par l’employeur échappe à cette procédure.

Ce type de contestation est donc soumis à la procédure écrite ordinaire devant le tribunal judiciaire, une procédure « inadaptée à ce type de contestation qui requiert célérité », c'est-à-dire traitée rapidement.

Elle suggère, par conséquent, de modifier la loi pour que l’ensemble des contentieux de la contestation par l’employeur des expertises ordonnées par le CSE relève de la compétence du président du tribunal judiciaire et soit soumis à la procédure accélérée au fond.

Cette proposition d’uniformisation du traitement des litiges en matière d’expertise est soutenue par la Direction générale du travail (DGT) et par la Direction des affaires civiles et du sceau (DACS).

Elle avait déjà été formulée au Rapport annuel 2023 mais n’a pas été suivie d’effet.  

Notez le

Une autre suggestion de réforme non suivie, antérieure à 2023, est à nouveau soutenue dans ce rapport de façon laconique. Il s’agit d’une proposition soutenue par la Cour de cassation depuis 2014, consistant à créer une sanction pécuniaire, au titre de la méconnaissance du statut protecteur, en cas de licenciement sans autorisation administrative d’un salarié protégé qui ne demande pas sa réintégration.

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Rapport annuel 2024 de la Cour de cassation, publié le 15 juillet 2025

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Tiphaine Mollier

Juriste en droit social et rédactrice au sein des Editions Tissot

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