Inaptitude : le juge des référés peut reconnaître son origine professionnelle et condamner l’employeur

Publié le 20/02/2026 à 14:02
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Temps de lecture : 5 min

Par principe, le salarié victime d'une inaptitude professionnelle bénéficie, en cas de licenciement, d’un régime d’indemnisation spécifique. Naturellement, l’employeur défaillant s'expose à une condamnation au paiement des sommes manquantes. Sous certaines conditions, le salarié peut même prétendre, devant le juge des référés, à leur versement provisionnel, y compris lorsque la CPAM a écarté le caractère professionnel de l’accident ou de la maladie à l’origine de son inaptitude.

Inaptitude : son origine professionnelle confère des droits spécifiques au salarié licencié

L’employeur confronté à l’inaptitude d’un salarié peut engager une procédure de licenciement s’il constate :

  • que le mĂ©decin du travail l’a expressĂ©ment dispensĂ© de toute obligation de reclassement ;
  • qu’il se trouve dans l’impossibilitĂ© de proposer un poste de reclassement au salariĂ© ;
  • que le salariĂ© a refusĂ© une proposition de reclassement conforme aux prĂ©conisations du mĂ©decin du travail.

Lorsque cette inaptitude présente une origine professionnelle, et que l'employeur en a connaissance au jour de la notification du licenciement, ce dernier doit veiller à ne pas faire d’impasse sur ses obligations indemnitaires, à savoir :

  • porter le montant de l’indemnitĂ© de licenciement au double de l'indemnitĂ© lĂ©gale, sauf dispositions conventionnelles plus favorables ;
  • verser une indemnitĂ© compensatrice d’un montant Ă©quivalent Ă  celui de l’indemnitĂ© compensatrice lĂ©gale de prĂ©avis.

Notez le

Sauf exceptions, le salarié dont l’inaptitude n’est pas d’origine professionnelle ne peut pas prétendre à une indemnité compensatrice de préavis en cas de licenciement. 

L’origine professionnelle d’une inaptitude est établie dès lors que celle-ci résulte, au moins partiellement, d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle.

Sur ce point, une règle essentielle mérite d’être rappelée : en raison de l’autonomie du droit du travail par rapport au droit de la sécurité sociale, la jurisprudence considère, de manière constante, que la caractérisation de ce lien n’est pas neutralisée si la CPAM refuse de prendre en charge l’accident ou l’affection au titre de la législation sur les risques professionnels.

Une décision de rejet de la caisse ne représente, en effet, qu’un élément de fait à prendre en considération parmi d’autres (ex : déclaration d’accident du travail transmis par l’employeur, avis émis par le médecin du travail, origine d’un arrêt maladie, etc.). En d’autres termes, chaque situation appellera à sa propre analyse et conduira à sa propre conclusion. 

Détermination de l’origine professionnelle de l’inaptitude : le pouvoir du juge des référés précisé

L’employeur qui, au seul prétexte d'un refus de prise en charge par la CPAM, dénie l’origine professionnelle d’une inaptitude et s'affranchit des obligations indemnitaires en découlant, peut s’exposer à des risques judiciaires et financiers non négligeables.

En effet, si le salarié saisit le juge prud’homal et que celui-ci arrive à la conclusion que l’inaptitude avait une origine partiellement professionnelle, et que l’employeur en avait connaissance, il accordera au salarié : 

  • un reliquat d’indemnitĂ© de licenciement correspondant Ă  la diffĂ©rence entre le montant de l'indemnitĂ© spĂ©ciale due et le montant de l'indemnitĂ© effectivement versĂ©e ;
  • une indemnitĂ© compensatrice d’un montant Ă©quivalent Ă  celui de l’indemnitĂ© compensatrice de prĂ©avis.

Bon Ă  savoir

L’action en paiement du salarié, pour être recevable, doit être introduite dans un délai de 12 mois à compter de la notification du licenciement.

Par un arrêt rendu le 4 février 2026, la Cour de cassation a admis que cette reconnaissance pouvait émaner du juge des référés et donner lieu, le cas échéant, au versement de provisions. 

Rappel

Le juge des référés, c’est-à-dire la formation de référé d’un conseil de prud’hommes ou le premier président d’une cour d’appel le cas échéant, voit sa compétence circonscrite aux cas d’urgence. A ce titre, il peut décider d’accorder au salarié une provision, c’est-à-dire une avance financière, si l’existence d’une obligation mise à la charge de l’employeur ne se heurte à aucune contestation sérieuse (Code du travail, art. R. 1455-7).

Dans l'affaire à l’origine de cette décision, une salariée avait été placée en arrêt maladie en raison d’un choc émotionnel provoqué par la particulière virulence d’un échange avec son supérieur hiérarchique.

Déclarée inapte lors de sa visite de reprise puis licenciée, elle s'était vu verser des indemnités correspondant à une inaptitude non professionnelle. L’employeur se fondant alors sur la décision de la CPAM qui, entre-temps, avait refusé de reconnaître le caractère professionnel de l’accident.

Convaincue de l'origine professionnelle de son inaptitude, la salariée avait engagé deux actions en justice. La première devant la formation de référé du conseil de prud’hommes, afin d'obtenir une provision sur le reliquat de son indemnité de licenciement et sur l’indemnité équivalente à l’indemnité compensatrice de préavis. La seconde devant le pôle social du tribunal judiciaire, afin de faire contredire la décision de la CPAM.

Le président de la cour d’appel de Toulouse, confirmé dans son analyse par la Cour de cassation, lui donne alors gain de cause. Sa demande ne se heurtait à aucune contestation sérieuse puisque les éléments suivants permettaient d’établir l’origine professionnelle de son inaptitude et la connaissance qu’en avait l’employeur :

  • avis d’arrĂŞt de travail mentionnant que l’arrĂŞt est en rapport avec un accident du travail ;
  • indication du mĂ©decin traitant relative Ă  l’incompatibilitĂ© de l’état de santĂ© de la salariĂ©e avec un retour sur le poste de travail ;
  • formulaire de dĂ©claration d’accident du travail transmis par l’employeur Ă  la CPAM ;
  • formulaire « accident du travail - maladie professionnelle : demande d'indemnitĂ© temporaire d’inaptitude » complĂ©tĂ© par le mĂ©decin du travail, certifiant que l’avis d'inaptitude Ă©tait susceptible d'ĂŞtre en lien avec l'accident du travail ;
  • instance en cours devant le tribunal judiciaire malgrĂ© la dĂ©cision de rejet de la CPAM.

Important

Si l’allocation d'une provision conduit au versement immédiat d’une somme d’argent, elle expose par là même le salarié à un risque : celui de devoir rembourser le montant perçu si la décision rendue en référé est contredite a posteriori (ex : cour d’appel statuant en matière de référé, bureau de jugement du conseil de prud’hommes).

Vous avez des interrogations relatives au licenciement pour inaptitude et impossibilité de reclassement ? Les Editions Tissot vous suggèrent leur documentation « Santé sécurité au travail ACTIV » dans laquelle vous pourrez retrouver la procédure interactive « Gérer une procédure d’inaptitude ». 

Cour de cassation, chambre sociale, 4 février 2026, n° 24-21.144 (le juge des référés peut estimer que, malgré le rejet de la demande de reconnaissance d'un accident du travail par la CPAM, l'inaptitude d’un salarié à une origine professionnelle et que l'employeur en avait connaissance au moment du licenciement et, qu’à ce titre, la demande en paiement d'une provision au titre de l'indemnité spéciale de licenciement ne se heurte à aucune contestation sérieuse)

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Axel Wantz

Juriste en droit social

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