Le régime fiscal et social des indemnités de rupture du contrat de travail

Publié le 01/06/2012 à 00:00·Modifié le 11/07/2017 à 18:23
·

Temps de lecture : 6 min

Attention

La réglementation a pu évoluer depuis la publication de cet article. Pensez à vérifier les textes en vigueur.

En principe, l’ensemble des sommes versées aux salariées en contrepartie ou à l’occasion du travail sont considérées comme une rémunération et, de ce fait, sont soumises à cotisations et contributions sociales et à l’impôt.

Cette règle est prévue par le Code de la Sécurité sociale (art. L. 242–1 al.1er) et par le Code général des impôts (art. 80, I duodecies). Toutefois, le législateur a prévu un certain nombre d’exonérations, totales ou partielles, selon un système fondé sur des plafonds. Il en va ainsi principalement des indemnités de rupture du contrat de travail.

En effet, la rupture du contrat de travail s’accompagne en général du paiement par l’employeur de sommes diverses au profit du salarié. Parmi ces sommes :

  • certaines sont dĂ©terminĂ©es par la loi, les conventions ou les accords collectifs (indemnitĂ©s de licenciement, indemnitĂ© de mise ou de dĂ©part Ă  la retraite) ;
  • d’autres ne seront versĂ©es au salariĂ© qu’à la suite d’une dĂ©cision de justice (indemnitĂ©s de licenciement sans cause rĂ©elle et sĂ©rieuse, indemnitĂ©s de licenciement irrĂ©gulier) ;
  • certaines encore feront l’objet d’une nĂ©gociation entre les parties (indemnitĂ©s transactionnelles).

Quelles que soient les conditions du versement de ces différentes sommes, il est important pour le salarié d’en connaître le régime social à savoir les règles applicables en matière de cotisations et contributions sociales ainsi que le régime fiscal. Et ce d’autant plus que, dans le cadre de la politique de réduction des déficits publics, les réformes se succèdent et réduisent les exonérations dont bénéficiaient les indemnités versées à l’occasion de la rupture des contrats de travail.

En effet, le régime social des indemnités versées à l’occasion de la rupture du contrat de travail (ou de la cessation forcée des fonctions de mandataires sociaux) a été modifié par la loi n° 2011–1594 de financement de la Sécurité sociale pour 2012. Ce régime avait déjà été modifié par la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2011.

On pourra alors déjà retenir que, sous prétexte de faire la chasse aux niches sociales, les salariés voient la part de leur revenu soumise à cotisations et contributions augmentée, notamment au moment de la rupture de leur contrat de travail.

1 / Principes généraux d’assujettissement fiscal et social des indemnités de rupture

Il existe deux types de prélèvements sociaux :

  • les cotisations sociales ou cotisations de SĂ©curitĂ© sociale (cotisations des assurances sociales, des accidents du travail et des allocations familiales) ;
  • et les contributions sociales (la CSG : contribution sociale gĂ©nĂ©ralisĂ©e et la CRDS : contribution au remboursement de la dette).

Il existe aussi un prélèvement fiscal, c’est la soumission à l’impôt sur le revenu des personnes physiques.

Depuis 2011, il y a déconnexion, du moins partiellement, entre le régime fiscal et le régime social des indemnités de rupture. En effet, certaines indemnités peuvent être totalement exonérées d’impôt mais pas de cotisations et contributions sociales. De plus, lorsque la même indemnité est soumise à l’impôt et à cotisations et contributions sociales, les plafonds d’exonération applicables vont varier.

Toutefois, il faut retenir que le régime social des indemnités de rupture est subordonné au régime fiscal. Ainsi, la part des indemnités soumises à contributions sociales est fixée par référence à la part des indemnités soumises à cotisations sociales, elle-même fixée par référence à la part des indemnités assujettie à l’impôt sur le revenu.

A – Application du régime fiscal

Les indemnités soumises intégralement à l’impôt

Le Code général des impôts (article 80, I duodecies) prévoit que certaines indemnités sont toujours imposables :

  • indemnitĂ© de fin de contrat (CDD et CTT) ;
  • indemnitĂ© de rupture anticipĂ©e d’un CDD ou d’un CTT pour la fraction correspondant aux salaires qu’aurait perçus le salarié ;
  • indemnitĂ© de congĂ©s payĂ©s (versĂ©es Ă  tous salariĂ©s dont le contrat est rompu sauf faute lourde) ;
  • indemnitĂ© compensatrice de prĂ©avis ;
  • indemnitĂ©s de dĂ©part volontaire dans le cadre d’un accord de GPEC depuis le 1er janvier 2011 ;
  • indemnitĂ© de non-concurrence ;
  • l’indemnitĂ© de dĂ©part volontaire Ă  la retraite hors PSE ;
  • indemnitĂ© de rupture conventionnelle pour un salariĂ© qui est en droit de bĂ©nĂ©ficier d’un rĂ©gime de retraite lĂ©galement obligatoire (Ă  taux plein ou non) ou qui aurait pu bĂ©nĂ©ficier d’une retraite anticipĂ©e.

Les indemnités non soumises à l’impôt

L’article 80 duodecies, I, 1° et 2° du Code général des impôts prévoit que certaines indemnités ne sont jamais imposables :

  • indemnitĂ©s pour licenciement irrĂ©gulier ;
  • indemnitĂ©s pour licenciement sans cause rĂ©elle et sĂ©rieuse ou pour licenciement abusif ;
  • indemnitĂ© pour nullitĂ© du licenciement pour dĂ©faut de PSE ;
  • indemnitĂ© pour non-respect de la procĂ©dure d’information/consultation du CE ou dĂ©faut d’information de l’autoritĂ© administrative ;
  • indemnitĂ© pour non-respect de la prioritĂ© de rĂ©embauche ;
  • indemnitĂ©s de licenciement ou de dĂ©part volontaire versĂ©es dans le cadre d’un PSE.

Les indemnités partiellement ou totalement exonérées d’impôt

En revanche, certaines indemnités peuvent être soumises à l’impôt sur le revenu dès lors qu’elles dépassent un certain plafond mais seulement pour la fraction qui dépasse ce plafond de la Sécurité sociale dit PASS. Il s’agit des indemnités suivantes :

  • indemnitĂ©s de licenciement versĂ©es en dehors d’un PSE ;
  • indemnitĂ©s de mise Ă  la retraite ;
  • indemnitĂ©s versĂ©es Ă  l’occasion de la rupture conventionnelle du contrat de travail d’un salariĂ© lorsqu’il n’est pas en droit de bĂ©nĂ©ficier d’une pension de retraite d’un rĂ©gime lĂ©galement obligatoire.

S’agissant de l’indemnité de licenciement versées hors PSE et de l’indemnité versées à l’occasion d’une rupture conventionnelle (dans les conditions décrites ci-dessus), le Code général des impôts prévoit que ne constitue pas une rémunération imposable la fraction des indemnités qui n’excède pas :

  • Soit 2 fois le montant de la rĂ©munĂ©ration annuelle brute perçue par le salariĂ© au cours de l’annĂ©e civile prĂ©cĂ©dant la rupture de son contrat de travail, ou 50 % du montant de l’indemnitĂ© si ce seuil est supĂ©rieur, dans la limite de six fois le plafond mentionnĂ© Ă  l’article L. 241–3 du Code de la SĂ©curitĂ© sociale (CSS) en vigueur Ă  la date du versement des indemnitĂ©s ;
  • Soit le montant de l’indemnitĂ© de licenciement prĂ©vue par la convention collective de branche, par l’accord professionnel ou interprofessionnel ou, Ă  dĂ©faut, par la loi. S’agissant de l’indemnitĂ© de mise Ă  la retraite, les règles sont identiques mais le plafond applicable est de 5 fois le PASS soit au 1er janvier 2012, 181.860 euros.

On applique alors le calcul le plus favorable au salarié. D’un point de vue pratique, dès lors que l’indemnité versée n’excède pas le montant légal ou conventionnel, elle n’est pas soumise à l’impôt.

Si elle est supérieure au montant légal ou conventionnel, on appliquera alors le calcul prévu au a) de l’article 80 duodecies, I, 3°et 6° du CGI pour vérifier si elle est totalement exonérée ou non.

Retrouvez la suite de cet article relative au régime social de l’indemnité de licenciement, dans ce document :

Le régime fiscal et social des indemnités de rupture du contrat de travail (pdf | 6 p. | 82 Ko)

Vous avez d’autres questions concernant le régime de l’indemnité de licenciement ? Consultez notre ouvrage « Tissot social entreprise ».

Editions Tissot

Les meilleures ventes

BCS realistic
Vos représentants du personnel, faire respecter vos droits
Expliquez aux salariés le rôle et les missions du CSE ainsi que les sujets sur lesquels les élus les accompagnent.
CSEA distribuer
82 €HT
Fascicules
ACE
Tissot Information Juridique CSE
Profitez d'un l'accès illimité au service d'information juridique dédié aux membres du CSE.
À partir de787 €HT/an
Téléphone
ACE
Tissot Information Juridique CSE
Profitez d'un l'accès illimité au service d'information juridique dédié aux membres du CSE.
À partir de787 €HT/an
Téléphone