CSE : comment s’emparer des prérogatives en lien avec l’environnement ?

Les prérogatives des CSE se sont enrichies avec la loi Climat et résilience du 22 août 2021. Depuis lors, comment les élus peuvent-ils agir sur les questions environnementales ?
Les avancées et les limites
Chaque consultation donne au CSE l’occasion d’interroger l’employeur sur les mesures prises par l’entreprise :
- d’une part pour limiter les conséquences négatives générées par les activités de l’entreprise (principe d’atténuation) ;
- d’autre part pour s’adapter aux conséquences du changement climatique (principe d’adaptation).
Cependant, 4 ans après la promulgation de la loi Climat et rĂ©silience, les partenaires sociaux ne semblent pas s’être entièrement emparĂ©s de leurs nouvelles missions.Â
Il ressort de l’enquête « Travail et climat » publiée par le Conseil économique, social et environnemental (CESE) en 2023, que cette difficulté peut s’expliquer notamment par deux points  :
- le manque de formation : en effet, la loi ne prévoit pas de formation spécifique sur ce sujet. Tout au plus ce champ peut être intégré au sein de la formation de 5 jours qui existe déjà pour les nouveaux élus ;
- le manque de temps consacrĂ© Ă ce sujet : aucun moyen supplĂ©mentaire en temps, voire en budget, n’a Ă©tĂ© prĂ©vu par les textes.Â
Notez le
Les répondants pointent également le manque de volonté de l’employeur.
De mĂŞme, une enquĂŞte Syndex/CFDT d’octobre 2023 rĂ©vèle que les reprĂ©sentants syndicaux interrogĂ©s sur les leviers Ă prĂ©coniser pour permettre une transition Ă©cologique socialement juste, ils sont 81 % Ă rĂ©pondre qu’il leur faut ĂŞtre mieux formĂ©s sur les questions environnementales.Â
Ainsi, faute d’une montée en compétences nécessaire et de temps disponible, de nombreux élus ne se sont pas emparés de ce nouveau sujet.
Quelques pistes pour mieux appréhender le sujet environnemental
Les CSE souhaitant améliorer leur appréhension du sujet environnemental peuvent se référer aux pistes évoquées dans l'ANI du 11 avril 2023 sur la transition écologique et le dialogue social.
Une instance référente
La loi ne prévoit, en effet, ni moyens supplémentaires ni commission spécifique pour traiter des questions environnementales au sein du CSE. Ces points peuvent néanmoins être négociés avec l’employeur.
La création d’un poste de référent ou d’une commission environnement, dotés d’heures de délégation, permettrait de s’assurer que les enjeux environnementaux sont bien intégrés dans chaque consultation du CSE.
Cette intégration peut d’ailleurs se faire à travers un temps de consultation spécifiquement dédié afin d'accroître la visibilité de ce nouvel enjeu (et éviter sa dilution dans une multitude de sujets différents).
Exemple
Au sein d’une entreprise cliente de 450 salariés environ, une commission spécifique a été créée par accord d’entreprise. Cette commission est composée de 6 représentants du personnel et de 4 membres de la Direction. Elle se réunit une fois par mois. Cette commission peut statuer directement sur certains sujets non stratégiques et intervient en CSE, qui reste l’organe décisionnel pour les sujets les plus importants.
Mais ces efforts risquent de se rĂ©vĂ©ler insuffisants sans une meilleure formation des Ă©lus.Or, comme nous l’avons vu, le lĂ©gislateur n’a pas prĂ©vu de moyens supplĂ©mentaires pour cette formation. Â
Une formation ambitieuse
Il est là aussi possible de passer par le biais d’une négociation préalable soit au niveau de l’entreprise, soit au niveau de la branche, afin d’instituer une formation spécifique et ambitieuse sur le sujet de la transition écologique pour tout ou partie des élus.
Par ailleurs, tout Ă©lu dispose d’un congĂ© de 12 jours par an de formation Ă©conomique, sociale, environnementale et syndicale. Plusieurs organisations syndicales ont dĂ©veloppĂ© des modules de formation spĂ©cifiquement dĂ©diĂ©s Ă la transition environnementale.Â
La participation Ă une formation de ce type pourrait constituer un prĂ©requis aux Ă©lus souhaitant devenir rĂ©fĂ©rents sur ce sujet.Â
Enfin, en attendant cette montée en compétences, les élus peuvent d’ores et déjà s’appuyer sur des experts externes comme ils le font déjà régulièrement dans d’autres domaines.
La loi du 22 aoĂ»t 2021 constitue un vĂ©ritable changement en consacrant cette nouvelle compĂ©tence environnementale des IRP. On peut toutefois regretter que les moyens consacrĂ©s par le lĂ©gislateur Ă cette nouvelle mission ne soient pas en adĂ©quation avec les ambitions affichĂ©es.Â
« Quelle prise en charge de l’impact du climat sur la santĂ© au travail ? » Conseil Ă©conomique, social et environnemental - dĂ©cembre 2022 Ă janvier 2023.Â
« Quelles pratiques pour le dialogue social en entreprise sur la transition écologique ? » SYNDEX – CFDT – octobre 2023.
Accord national interprofessionnel du 11 avril 2023 relatif Ă la transition Ă©cologique et dialogue socialÂ
Après un master de droit public, Matthieu Sajno a intégré la direction de l’action sociale d’un grand groupe de protection sociale. Au sein de cette direction, il a pu mettre en œuvre des actions …
- Élections professionnelles : favoriser un syndicat peut entraîner l’annulation du scrutinPublié le 13 mars 2026
- Défense des salariés : la question de la semainePublié le 13 mars 2026
- Index égalité : votre employeur peut-il vous donner les résultats autrement que par la BDESE ?Publié le 12 mars 2026
- Évaluation des salariés : le rôle du CSEPublié le 12 mars 2026
- CSE : Ai-je le droit de désigner un référent harcèlement sexuel dans une entreprise de moins de 50 salariés ?Publié le 11 mars 2026



