Conditions d’attribution des activitĂ©s sociales et culturelles : les piĂšges Ă  Ă©viter pour les CSE

Publié le 07/01/2022 à 06:33
·

Temps de lecture : 6 min

Attention

La réglementation a pu évoluer depuis la publication de cet article. Pensez à vérifier les textes en vigueur.

Selon le Code du travail, le CSE assure, contrĂŽle ou participe Ă  la gestion de toutes les activitĂ©s sociales et culturelles Ă©tablies dans l'entreprise prioritairement au bĂ©nĂ©fice des salariĂ©s, de leur famille et des stagiaires, quel qu'en soit le mode de financement. Nombreux sont les Ă©lus du CSE Ă  se questionner, Ă  juste titre, sur la validitĂ© des critĂšres d’attribution des activitĂ©s sociales et culturelles qu’ils organisent.

Les activités sociales et culturelles : de quoi parle-t-on ?

Il n’existe pas, en tant que telle, une dĂ©finition de la notion d’activitĂ© sociale et culturelle.

Néanmoins, le Code du travail et les juges sont venus apporter des précisions sur la question.

Ainsi, l’article R. 2312-35 prĂ©voit que les activitĂ©s sociales et culturelles Ă©tablies dans l'entreprise au bĂ©nĂ©fice des salariĂ©s ou anciens salariĂ©s de l'entreprise et de leur famille comprennent :

  • « des institutions sociales de prĂ©voyance et d'entraide, telles que les institutions de retraites et les sociĂ©tĂ©s de secours mutuels ;
  • les activitĂ©s sociales et culturelles tendant Ă  l'amĂ©lioration des conditions de bien-ĂȘtre, telles que les cantines, les coopĂ©ratives de consommation, les logements, les jardins familiaux, les crĂšches, les colonies de vacances ;
  • les activitĂ©s sociales et culturelles ayant pour objet l'utilisation des loisirs et l'organisation sportive ;
  • les institutions d'ordre professionnel ou Ă©ducatif attachĂ©es Ă  l'entreprise ou dĂ©pendant d'elle, telles que les centres d'apprentissage et de formation professionnelle, les bibliothĂšques, les cercles d'Ă©tudes, les cours de culture gĂ©nĂ©rale ;
  • les services sociaux chargĂ©s :
    • de veiller au bien-ĂȘtre du salariĂ© dans l'entreprise, de faciliter son adaptation Ă  son travail et de collaborer avec le service de santĂ© au travail de l'entreprise ;
    • de coordonner et de promouvoir les rĂ©alisations sociales dĂ©cidĂ©es par le CSE et par l'employeur ;
  • le service de santĂ© au travail instituĂ© dans l'entreprise ».


La Cour de cassation, quant Ă  elle, a prĂ©cisĂ© que la liste donnĂ©e par le Code du travail n’est pas limitative (Cass. soc., 26 janvier 1999, n° 97-10.522).

En effet, pour le juge, sont considĂ©rĂ©es comme des activitĂ©s culturelles ou sociales toutes les activitĂ©s qui ne constituent pas une obligation pour l’employeur quelle que soit leur dĂ©nomination, la date de leur crĂ©ation et leur mode de financement. Ces activitĂ©s doivent ĂȘtre instituĂ©es principalement au profit des salariĂ©s de l’entreprise et avoir pour objet d’amĂ©liorer leurs conditions d’emploi, de travail et de vie au sein de l’entreprise.

Trois critĂšres sont donc retenus par les tribunaux :

  • le caractĂšre facultatif de l’activitĂ© pour l’employeur ;
  • le fait que l’activitĂ© bĂ©nĂ©ficie aux salariĂ©s de l’entreprise ;
  • la finalitĂ© de cette activitĂ© qui doit ĂȘtre d’amĂ©liorer les conditions de vie et de travail des salariĂ©s.
Attention
Une activitĂ© dont la mise en Ɠuvre dans l’entreprise est imposĂ©e par l’employeur en vertu d’une loi, d’un dĂ©cret ou d’un arrĂȘtĂ© ne peut pas ĂȘtre qualifiĂ©e d’activitĂ© sociale et culturelle.
Cela est Ă©galement valable lorsque l’employeur accorde un avantage aux salariĂ©s en vertu d’une convention ou d’un accord collectif qui l’y oblige. Cet avantage ne sera pas transfĂ©rable au CSE.
Par ailleurs, une soirĂ©e annuelle offerte par l'employeur Ă  ses collaborateurs qui se dĂ©roule dans un cadre festif, et qui a pour objet de prĂ©senter le bilan annuel et les perspectives de la sociĂ©tĂ© et d'assurer une cohĂ©sion au sein de l'entreprise n’est pas une activitĂ© sociale et culturelle. Il s’agit d’un Ă©lĂ©ment de gestion, par l’employeur, de son personnel.

Les activitĂ©s sociales et culturelles : attention aux critĂšres d’attribution

Si les critĂšres d’attribution des activitĂ©s mis en place par le CSE sont discriminatoires, l’URSSAF considĂ©rera qu’il ne s’agit pas d’une activitĂ© sociale et culturelle mais d’un complĂ©ment de salaire soumis Ă  cotisations sociales. Le CSE risquera alors un redressement en consĂ©quence.

NĂ©anmoins, une tolĂ©rance de l’URSSAF permet au CSE de bĂ©nĂ©ficier d’une exonĂ©ration, Ă  la condition de respecter certaines conditions, notamment celle de la non-discrimination.

Les conditions liées au type de contrat de travail

PremiÚrement il est à rappeler que quelle que soit la forme de leur contrat de travail, tous les salariés de l'entreprise doivent pouvoir bénéficier des activités sociales et culturelles.

Peuvent donc bénéficier des activités sociales et culturelles organisées par le CSE :

  • les salariĂ©s en CDI ;
  • les salariĂ©s en CDD ;
  • les contrats d’apprentissage ;
  • les contrats de formation en alternance ;
  • les stagiaires ;
  • la famille des salariĂ©s ;
  • les anciens salariĂ©s.

La durĂ©e du travail (temps plein ou temps partiel), n’impacte pas le droit Ă  bĂ©nĂ©ficier pleinement des activitĂ©s sociales et culturelles organisĂ©es par le CSE.

DÚs lors que le contrat de travail n'est pas rompu, le salarié peut prétendre au bénéfice des activités sociales et culturelles. Cela concerne les salariés :

  • en pĂ©riode d'essai ;
  • en cours de prĂ©avis ;
  • les salariĂ©s dont le contrat de travail est suspendu (congĂ©, maladie, maternitĂ©, etc.).

En effet, exclure par exemple les salariés en longue maladie du bénéfice des activités sociales et culturelles constituerait une discrimination liée à l'état de santé (JOAN Q. 13 déc. 2011, n° 84460).

De plus, peuvent bénéficier des installations collectives (bibliothÚque, cantine) et des transports collectifs qui seraient gérés par le comité :

  • les travailleurs intĂ©rimaires (C. trav., art. L. 1251‐24) ;
  • les salariĂ©s mis Ă  disposition par des groupements d'employeurs (C. trav., art. L. 1253‐14) ;
  • les salariĂ©s mis Ă  disposition dans le cadre d'une opĂ©ration de prĂȘt de main d'Ɠuvre Ă  but non lucratif (C. trav., art. L. 8241‐2) ;
  • les salariĂ©s mis Ă  disposition dans le cadre d'un contrat de travail Ă  temps partagĂ© (C. trav., art. L. 1252‐8).

Les possibilités de modulation

Selon la jurisprudence, il est possible de moduler l’accĂšs Ă  l’activitĂ© sociale et culturelle Ă  la condition que cette modulation repose sur des critĂšres objectifs et pertinents vĂ©rifiables par le juge, et non-discriminatoires (Lettre min., BOMT 1981/233 ; Cass. soc., 20 fĂ©vrier 2008, n° 05-45.601).

Il peut par exemple s’agir :

  • du quotient familial ;
  • du niveau de revenu ;
  • de la situation de famille ;
  • du nombre d’enfants Ă  charge.

Cette modulation ne doit pas conduire le CSE à ne procéder à aucune prise en charge pour certains salariés.

Attention
Il est strictement interdit d’opĂ©rer une modulation en la basant sur le statut des salariĂ©s (cadres-non cadres). En effet, il ne s’agit pas d’un critĂšre objectif et pertinent car un cadre en dĂ©but de carriĂšre peut avoir un salaire infĂ©rieur Ă  un ouvrier.

La condition d’anciennetĂ©

Pour les URSSAF, utiliser la notion d’anciennetĂ© comme critĂšre d’attribution ne semble plus considĂ©rĂ© comme discriminatoire.

NĂ©anmoins, il convient d’envisager ce critĂšre avec prudence car du point de vue du droit du travail, l’utilisation de la notion d’anciennetĂ© est considĂ©rĂ©e comme discriminatoire (rĂ©ponse ministĂ©rielle du 3 avril 2014).

Il est Ă©vident que gĂ©rer les attributions en fonction des contrats en cours durant l’annĂ©e pose de sĂ©rieux problĂšmes de gestion aux CSE.
Une circulaire est en prĂ©paration afin de clarifier le rĂ©gime social et la possibilitĂ© du recours au critĂšre de l’anciennetĂ©.

En attendant, il est conseillĂ© de privilĂ©gier une approche prudente de l’utilisation de la notion d’anciennetĂ© et de consulter le cas Ă©chĂ©ant, l’URSSAF Ă  ce propos.

Pour analyser la politique ASC la plus pertinente à mettre en place, les Editions Tissot vous proposent leur documentation « Les activités sociales et culturelles du CSE ».

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Marc Kustner

Gérant de la société FOKUS dédiée à la formation et à l'accompagnement des représentants du personnel (www.fokus-cse.com)

https://www.fokus-cse.com
Juriste et formateur en droit social
Spécialiste des relations sociales

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