Licenciement nul : quand l'employeur doit-il rembourser France Travail ?
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Saviez-vous que si un licenciement est déclaré nul, le juge peut vous ordonner de rembourser les allocations chômage perçues par le salarié ? Mais pas de panique, la mesure ne s’applique qu’à des cas de nullité expressément prévus par le Code du travail.
Remboursement des allocations chĂ´mage : principe
Lorsqu’un licenciement est dĂ©pourvu de cause rĂ©elle et sĂ©rieuse ou qu’il est jugĂ© nul, vous pouvez ĂŞtre condamnĂ© Ă rembourser, Ă France Travail, les allocations chĂ´mage perçues par le salariĂ© licenciĂ©. Cela comprend la pĂ©riode comprise entre le jour du licenciement et le jour du jugement, dans la limite de 6 mois d’indemnitĂ©s chĂ´mage.Â
Notez le
Le juge peut ordonner ce remboursement d’office même si France Travail n’est pas intervenue à l’instance. L’Assurance chômage peut, sous certaines conditions, mettre en demeure l’employeur de payer. Si sa mise en demeure reste sans réponse, elle a la faculté de délivrer une contrainte.
Le juge ne peut ordonner ce remboursement que si le salarié n’est pas réintégré dans l’entreprise. Autre limite, ce remboursement est exclu :
- si le salarié a moins de deux ans d’ancienneté ;
- ou si l’entreprise occupe moins de 11 salariés ;
en cas de licenciement sans cause réelle et sérieuse et, sous certaines conditions, lorsque la procédure de licenciement économique est nulle (Code du travail, art. L. 1235-5).
Bon Ă savoir
En cas de rĂ©intĂ©gration du salariĂ© dans l’entreprise après l’annulation de son licenciement, ce dernier rembourse France Travail tous les mois perçus. En effet, dans une telle situation, l’employeur verse une indemnitĂ© compensatrice de salaire pour la pĂ©riode comprise entre le licenciement nul et la rĂ©intĂ©gration du salariĂ©. Il faut savoir que cette indemnitĂ© ne peut pas ĂŞtre cumulĂ©e avec l’allocation chĂ´mage qui devient donc un indu.Â
Remboursement des allocations chômage : périmètre restreint en cas de licenciement nul
Une autre limite s’applique aux licenciements nuls. En effet, le périmètre est restreint par le Code du travail.
Ainsi, le juge ne peut ordonner le remboursement par l’employeur des allocations chômage que dans des cas de nullité de licenciements :
- fondés sur un motif discriminatoire (origine, mœurs, orientation sexuelle, âge, situation de famille, opinions politiques, activités syndicales, exercice normal du droit de grève, etc.) ;
- prononcés en raison d'une action en justice engagée par le salarié pour faire respecter le principe de non-discrimination ;
- prononcés suite à une action en justice concernant l'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes ;
- consécutifs à une situation de harcèlement moral ou sexuel ;
- en cas d'absence ou nullitĂ© du plan de sauvegarde de l’emploi en cas de licenciement Ă©conomique collectif (Code du travail, art. L. 1235-4).Â
Si l’annulation repose sur un autre motif que ceux expressément visés par le Code du travail, le juge ne peut pas ordonner le remboursement des allocations chômage. C’est ce qu’a rappelé la Cour de cassation, dans une décision rendue le 11 février 2026. Dans cette affaire, le licenciement de la salariée avait été déclaré nul au motif qu’il portait atteinte à l’exercice de la liberté d’expression de la salariée. Dans un tel cas de nullité, le juge ne pouvait pas ordonner le remboursement des allocations car il n’était pas visé expressément par le Code du travail (art. L. 1235-4).
Sachez que par le passé, la Cour de cassation a notamment exclu le remboursement des allocations chômage après l’annulation de licenciement :
- en raison d’une atteinte à la liberté fondamentale de témoigner (Cass. soc., 10 juillet 2024, n° 23-15.793) ;
- pour violation du statut protecteur du salarié (Cass. soc, 26 juin 2024, n° 22-22.345).
Pour une vision plus précise des sanctions en cas de licenciement nul ou sans cause réelle et sérieuse, les Editions Tissot vous proposent de télécharger un tableau récapitulatif issu de la documentation « Gestion du personnel simplifiée ».
Cour de cassation, chambre sociale, 11 février 2026, n° 24-18.719 (le remboursement des indemnités de chômage ne pouvait être ordonné que dans les cas de nullité du licenciement visés par l’article L. 1235-4)
Juriste en droit social et rédactrice au sein des Editions Tissot
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