Lutte contre les accidents du travail graves et mortels : l’Inspection du travail et la Justice renforcent leur coopération

Publié le 11/07/2025 à 16:00
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Temps de lecture : 5 min

A travers une nouvelle instruction commune, les ministères du Travail et de la Justice viennent de renforcer leur coopération dans la lutte contre les accidents du travail graves et mortels. Augmentation des verbalisations, intensification des poursuites, recours aux transactions pénales : les pratiques de l’Inspection du travail et des procureurs de la République s’apprêtent à se durcir.  

Prévention des accidents du travail graves et mortels : amplifier le recours aux outils coercitifs

Afin de renforcer la prévention des accidents du travail graves et mortels (ATGM), les ministère du Travail et de la Justice estiment qu’une politique plus coercitive doit être appliquée dès lors que sont constatées des infractions à la législation sur la sécurité au travail. 

Ainsi, les agents de contrôle de l’Inspection du travail sont appelés à intensifier l’usage de leur pouvoir de verbalisation et à concentrer leur vigilance sur : 

  • la prĂ©vention des risques de chutes de hauteur ;
  • l’utilisation des Ă©quipements de travail et des moyens de protection non conformes aux prescriptions techniques de sĂ©curitĂ© ;
  • la formation Ă  la sĂ©curitĂ© des travailleurs ;
  • l’exposition Ă  des agents cancĂ©rogènes, mutagènes et reprotoxiques ;
  • la protection des jeunes travailleurs et des travailleurs intĂ©rimaires.

Rappel

Les procès-verbaux dressés par l’Inspection du travail sont ensuite transmis au procureur de la République, seul juge de l’opportunité des poursuites. 

Dans cette même perspective, l’instruction préconise de prioriser le recours aux transactions pénales. 

Pour rappel, chaque DREETS a la capacité, suite à la transmission d’un procès-verbal d’infraction, et tant que l'action publique n'a pas été mise en mouvement, de proposer une transaction à l’entreprise mise en cause. Homologuée par le procureur de la République, celle-ci devra préciser : 

  • le montant de l'amende transactionnelle Ă  payer ;
  • le cas Ă©chĂ©ant, les mesures correctives imposĂ©es Ă  l’entreprise ;
  • les dĂ©lais impartis pour le paiement et, s'il y a lieu, l'exĂ©cution des obligations.

Jugée particulièrement adaptée à la répression des infractions en l'absence de survenance d'un accident du travail, l’exécutif invite donc :

  • l’Inspection du travail et les procureurs de la RĂ©publique Ă  favoriser son recours dès qu’une mesure de rĂ©gularisation sera possible et jugĂ©e opportune ; 
  • l’Inspection du travail Ă  porter une attention particulière au suivi de leur exĂ©cution, notamment en signalant les inexĂ©cutions totale ou partielle dans les plus brefs dĂ©lais ;
  • les procureurs de la RĂ©publique Ă  engager des poursuites lorsqu’une entreprise refusera le principe d’une transaction pĂ©nale ou n’en n'aura pas respectĂ© les termes.

Survenance d’un accident du travail grave et mortel : renforcer la réponse pénale

Face à la survenance d’un accident du travail grave et mortel, l’instruction indique que :

  • l’Inspection du travail devra s’assurer que les procès-verbaux d'infractions fassent l'objet d'une transmission au procureur de la RĂ©publique ; 
  • les procureurs de la RĂ©publique devront veiller Ă  ce qu'une rĂ©ponse pĂ©nale ferme et appropriĂ©e soit apportĂ©e.

Notez le

Sur ce dernier point, l’exécutif pointe la pertinence de recourir à une peine complémentaire d'affichage ou de diffusion de la décision condamnation.

Mais en réalité, l’attention des acteurs de la chaîne pénale est surtout attirée sur l’importance d'identifier et de poursuivre tous les responsables impliqués dans la survenance d'accidents du travail. 

A cette fin, l’instruction précise en premier lieu que l'engagement de la responsabilité pénale de la personne morale doit être privilégié. D’autre part, elle souligne que les investigations devront s’attacher, en cas d’intervenants multiples, à démontrer l'imputabilité de l'infraction d'homicide ou de blessure involontaire à toutes les personnes débitrices d'une obligation de sécurité impliquées.

Notez le

Il est également précisé que les procès-verbaux de l'Inspection du travail devront, de la manière la plus précise possible : 

  • analyser l'organisation de l'entreprise et les Ă©ventuelles situations de dĂ©lĂ©gation de pouvoir ;
  • dĂ©terminer, de façon circonstanciĂ©e, les situations de sous-traitance ;
  • et, le cas Ă©chĂ©ant, identifier l'organe ou le reprĂ©sentant de la personne morale responsable.

Le Gouvernement insiste, enfin, sur l’intérêt pour les procureurs de la République de mobiliser le dispositif de la cosaisine. C’est-à-dire de saisir simultanément les services de l'Inspection travail et les services de la police ou de la gendarmerie. 

Celle-ci devant permettre : 

  • de limiter le temps des investigations Ă  ce qui est strictement nĂ©cessaire pour caractĂ©riser les manquements Ă  l’origine de l’accident ;  
  • de garantir la rĂ©paration des prĂ©judices subis par les victimes ou leurs ayant droits dans des dĂ©lais raisonnables.

Aussi, l’instruction invite les services mobilisés à se transmettre réciproquement, et sans recueillir l’accord préalable du procureur, les pièces de procédure utiles à l'accomplissement de leur mission commune.

En ce qui concerne l’audience de jugement, l’instruction encourage les agents de l’Inspection du travail à y participer, et ce, afin d’apporter, oralement ou par écrit, leur expertise technique à la juridiction. 

Victimes d’un accident du travail grave et mortel : améliorer leur accompagnement

L’instruction s’achève sur l’importance d’accorder aux victimes d'accidents du travail, et à leurs ayants droits, une attention soutenue et permanente.

Aussi, en vertu de l’article 3 de la convention OIT n° 81, elle rappelle que l’Inspection du travail doit informer les victimes des différentes voies leur permettant de solliciter la réparation de leurs préjudices. 

De plus, elle demande à l’administration du travail :

  • de manifester aux victimes et Ă  leurs proches « toute l'Ă©coute rendue nĂ©cessaire par les situations rencontrĂ©es » ;
  • et d’orienter les personnes concernĂ©es vers les structures de soins et de conseil propres Ă  les prendre en charge utilement (ex : unitĂ©s mĂ©dico-judiciaires, associations d'aide aux victimes)

S’agissant des parquets, il est précisé que ces derniers doivent poursuivre leurs politiques partenariales avec les associations d'aide aux victimes.

Ministère du Travail, actualités, Lutte contre les accidents du travail graves et mortels (ATGM) : Signature d’une instruction conjointe relative à la politique pénale du travail en matière de répression des manquements aux obligations de santé et de sécurité, 10 juillet 2025

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Axel Wantz

Juriste en droit social

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