Lutte contre les accidents du travail graves et mortels : l’Inspection du travail et la Justice renforcent leur coopération
A travers une nouvelle instruction commune, les ministères du Travail et de la Justice viennent de renforcer leur coopĂ©ration dans la lutte contre les accidents du travail graves et mortels. Augmentation des verbalisations, intensification des poursuites, recours aux transactions pĂ©nales : les pratiques de l’Inspection du travail et des procureurs de la RĂ©publique s’apprĂŞtent Ă se durcir. Â
Prévention des accidents du travail graves et mortels : amplifier le recours aux outils coercitifs
Afin de renforcer la prĂ©vention des accidents du travail graves et mortels (ATGM), les ministère du Travail et de la Justice estiment qu’une politique plus coercitive doit ĂŞtre appliquĂ©e dès lors que sont constatĂ©es des infractions Ă la lĂ©gislation sur la sĂ©curitĂ© au travail.Â
Ainsi, les agents de contrĂ´le de l’Inspection du travail sont appelĂ©s Ă Â intensifier l’usage de leur pouvoir de verbalisation et Ă concentrer leur vigilance sur :Â
- la prévention des risques de chutes de hauteur ;
- l’utilisation des équipements de travail et des moyens de protection non conformes aux prescriptions techniques de sécurité ;
- la formation à la sécurité des travailleurs ;
- l’exposition à des agents cancérogènes, mutagènes et reprotoxiques ;
- la protection des jeunes travailleurs et des travailleurs intérimaires.
Rappel
Les procès-verbaux dressĂ©s par l’Inspection du travail sont ensuite transmis au procureur de la RĂ©publique, seul juge de l’opportunitĂ© des poursuites.Â
Dans cette mĂŞme perspective, l’instruction prĂ©conise de prioriser le recours aux transactions pĂ©nales.Â
Pour rappel, chaque DREETS a la capacitĂ©, suite Ă la transmission d’un procès-verbal d’infraction, et tant que l'action publique n'a pas Ă©tĂ© mise en mouvement, de proposer une transaction Ă l’entreprise mise en cause. HomologuĂ©e par le procureur de la RĂ©publique, celle-ci devra prĂ©ciser :Â
- le montant de l'amende transactionnelle Ă payer ;
- le cas échéant, les mesures correctives imposées à l’entreprise ;
- les délais impartis pour le paiement et, s'il y a lieu, l'exécution des obligations.
Jugée particulièrement adaptée à la répression des infractions en l'absence de survenance d'un accident du travail, l’exécutif invite donc :
- l’Inspection du travail et les procureurs de la RĂ©publique Ă favoriser son recours dès qu’une mesure de rĂ©gularisation sera possible et jugĂ©e opportune ;Â
- l’Inspection du travail à porter une attention particulière au suivi de leur exécution, notamment en signalant les inexécutions totale ou partielle dans les plus brefs délais ;
- les procureurs de la République à engager des poursuites lorsqu’une entreprise refusera le principe d’une transaction pénale ou n’en n'aura pas respecté les termes.
Survenance d’un accident du travail grave et mortel : renforcer la réponse pénale
Face à la survenance d’un accident du travail grave et mortel, l’instruction indique que :
- l’Inspection du travail devra s’assurer que les procès-verbaux d'infractions fassent l'objet d'une transmission au procureur de la RĂ©publique ;Â
- les procureurs de la République devront veiller à ce qu'une réponse pénale ferme et appropriée soit apportée.
Notez le
Sur ce dernier point, l’exécutif pointe la pertinence de recourir à une peine complémentaire d'affichage ou de diffusion de la décision condamnation.
Mais en rĂ©alitĂ©, l’attention des acteurs de la chaĂ®ne pĂ©nale est surtout attirĂ©e sur l’importance d'identifier et de poursuivre tous les responsables impliquĂ©s dans la survenance d'accidents du travail.Â
A cette fin, l’instruction précise en premier lieu que l'engagement de la responsabilité pénale de la personne morale doit être privilégié. D’autre part, elle souligne que les investigations devront s’attacher, en cas d’intervenants multiples, à démontrer l'imputabilité de l'infraction d'homicide ou de blessure involontaire à toutes les personnes débitrices d'une obligation de sécurité impliquées.
Notez le
Il est Ă©galement prĂ©cisĂ© que les procès-verbaux de l'Inspection du travail devront, de la manière la plus prĂ©cise possible :Â
- analyser l'organisation de l'entreprise et les éventuelles situations de délégation de pouvoir ;
- déterminer, de façon circonstanciée, les situations de sous-traitance ;
- et, le cas échéant, identifier l'organe ou le représentant de la personne morale responsable.
Le Gouvernement insiste, enfin, sur l’intĂ©rĂŞt pour les procureurs de la RĂ©publique de mobiliser le dispositif de la cosaisine. C’est-Ă -dire de saisir simultanĂ©ment les services de l'Inspection travail et les services de la police ou de la gendarmerie.Â
Celle-ci devant permettre :Â
- de limiter le temps des investigations Ă ce qui est strictement nĂ©cessaire pour caractĂ©riser les manquements Ă l’origine de l’accident ; Â
- de garantir la réparation des préjudices subis par les victimes ou leurs ayant droits dans des délais raisonnables.
Aussi, l’instruction invite les services mobilisés à se transmettre réciproquement, et sans recueillir l’accord préalable du procureur, les pièces de procédure utiles à l'accomplissement de leur mission commune.
En ce qui concerne l’audience de jugement, l’instruction encourage les agents de l’Inspection du travail Ă y participer, et ce, afin d’apporter, oralement ou par Ă©crit, leur expertise technique Ă la juridiction.Â
Victimes d’un accident du travail grave et mortel : améliorer leur accompagnement
L’instruction s’achève sur l’importance d’accorder aux victimes d'accidents du travail, et à leurs ayants droits, une attention soutenue et permanente.
Aussi, en vertu de l’article 3 de la convention OIT n° 81, elle rappelle que l’Inspection du travail doit informer les victimes des diffĂ©rentes voies leur permettant de solliciter la rĂ©paration de leurs prĂ©judices.Â
De plus, elle demande à l’administration du travail :
- de manifester aux victimes et à leurs proches « toute l'écoute rendue nécessaire par les situations rencontrées » ;
- et d’orienter les personnes concernées vers les structures de soins et de conseil propres à les prendre en charge utilement (ex : unités médico-judiciaires, associations d'aide aux victimes)
S’agissant des parquets, il est précisé que ces derniers doivent poursuivre leurs politiques partenariales avec les associations d'aide aux victimes.
Ministère du Travail, actualités, Lutte contre les accidents du travail graves et mortels (ATGM) : Signature d’une instruction conjointe relative à la politique pénale du travail en matière de répression des manquements aux obligations de santé et de sécurité, 10 juillet 2025
Juriste en droit social
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