Aborder un collaborateur dépendant à l’alcool : briser la glace avec tact

Attention
La réglementation a pu évoluer depuis la publication de cet article. Pensez à vérifier les textes en vigueur.
C’est le secret de polichinelle de l’équipe, mais personne n’ose agir : par crainte de blesser la personne ou tout simplement parce que l’on ne sait pas comment s’y prendre. Dans cet article, vous trouverez des conseils pratiques pour aborder un collaborateur prĂ©sentant une dĂ©pendance Ă l’alcool sans pour autant le stigmatiser.Â
Selon une Ă©tude rĂ©alisĂ©e en novembre 2021 par l’INRS sur la prĂ©vention des pratiques addictives en entreprise, 56 % des mĂ©decins, infirmiers et psychologues du travail Ă©valuent Ă 8,6 % les salariĂ©s en difficultĂ© avec l’alcool.Â
Les facteurs de risques professionnels de la dĂ©pendance Ă l’alcool sont notamment :Â
- le stress au travail ;
- une faible autonomie (impossibilité de décider de son organisation, de la manière dont on effectue une tâche, etc.) ;
- un emploi dans les secteurs de la construction et du transport ;
- des horaires atypiques (nuit, rotation en 3x8)Â ;
- une culture d’entreprise associée à la fête (pots, séminaires avec alcool, etc.).
Bien sĂ»r, le problème peut aussi trouver son origine dans la vie personnelle du salariĂ©. Mais la pudeur ou la crainte de dĂ©passer les limites du « pro/perso » ne doit pas nous empĂŞcher d’intervenir.Â
Aborder la personne
Choix de l’interlocuteur : interrogez-vous sur la personne qui est la plus Ă mĂŞme d’intervenir, en privilĂ©giant une personne dĂ©positaire de l’autorité dans l’entreprise (par exemple le RRH plutĂ´t qu’un reprĂ©sentant du personnel), mais aussi qui connait le salariĂ© concernĂ© et entretient avec lui des rapports de bonne qualitĂ©. En cas d’antĂ©cĂ©dents de conflits ou de relation amicale, cherchez un autre interlocuteur.Â
PrĂ©paration : rassemblez les informations factuelles que vous souhaitez aborder avec la personne. N’hĂ©sitez pas Ă prendre quelques notes succinctes pour vous prĂ©parer.Â
Cadre privé : rencontrez le collaborateur dans un espace calme, sans témoins et sans risque d’interruption. Choisissez également un moment où la personne est sobre.
Entrez sans détour dans le vif du sujet, tout en faisant preuve de tact : expliquez au salarié que l’objectif est de discuter du comportement professionnel et non de le juger ou de l'accuser.
Restez factuel et exposez le problème que pose la consommation d’alcool pendant les horaires de travail : mentionnez uniquement des faits observĂ©s au travail et donnez des exemples des consĂ©quences pour la personne, pour ses collègues et pour l’entreprise (accidents des plus anodins aux plus graves, erreurs, etc.). Â
Illustration
Voici quelques exemples de formulation Ă employer pour introduire le sujet :Â
- « Je vais être honnête avec toi. Je crois que l’alcool a un impact sur ton travail, et je veux en discuter avec toi. L’objectif n’est pas de te juger, mais de voir comment nous pouvons agir ensemble » ;
- « Je veux prendre un moment avec toi pour parler d’une situation qui m’inquiète. J’ai remarqué à plusieurs reprises que tu étais alcoolisé. Je suis inquiet pour ta santé/sécurité. Je souhaite en parler avec toi pour comprendre ce qui se passe » ;
- « J’ai remarquĂ© ces derniers temps que ton comportement a changĂ©. Ce qui m’a inquiĂ©tĂ© c’est qu’à plusieurs reprises tu Ă©tais sous l’emprise de l’alcool. Mon intention n’est pas de te mettre mal Ă l’aise, mais de comprendre ce qui t’affecte pour t’aider au mieux ».Â
Ne pas oublier d’écouter
Laissez la personne ĂŞtre d’accord pour s’exprimer : posez-lui des questions, laissez-lui le temps de formuler, encouragez-la.Â
Si la personne nie ou minimise le problème : cela ne signifie pas nĂ©cessairement qu’elle n’est pas consciente du problème ou ne souhaite pas changer. Dans ce cas, vous pouvez rĂ©pĂ©ter une ou deux fois les exemples, mais n’insistez pas davantage. Essayez de rester factuel. Si la personne persiste Ă nier, dites-lui que vous comprenez qu’il est difficile d’en parler. Proposez-lui de prendre un autre rendez-vous, maximum 7 jours après (en l’absence de danger physique). Assurez-la de votre respect et de la confidentialitĂ© de vos Ă©changes.Â
Si la personne manifeste une détresse intense : prenez votre temps. Les problèmes liés à l’alcool trouvent souvent leur racine dans une souffrance psychologique (quelle que soit sa cause). Si la personne pleure ou a du mal à s’exprimer, remerciez-la de sa confiance et proposez-lui de reprendre la discussion lors d’un autre rendez-vous 24 ou 48h plus tard.
Important
Il est inutile de confronter ou de faire des reproches, cela ne ferait qu’inciter la personne Ă se braquer. Par exemple, ne l’accusez pas d’être « alcoolique ». De mĂŞme, n’essayez pas non plus de jouer au thĂ©rapeute, vous ne feriez que vous mettre en difficultĂ©, vous et la personne concernĂ©e.Â
Avant de chercher des solutions pour accompagner le salariĂ© concernĂ©, il est primordial de soigner l’entrĂ©e en contact. Nouer une relation de confiance et de respect constitue la première pierre d’un accompagnement rĂ©ussi.Â
Le mois prochain, nous vous conseillerons sur l’accompagnement d’un collaborateur dépendant à l’alcool.
Sources
INRS, EnquĂŞte sur les pratiques addictives en entreprise, novembre 2021
Observatoire Français des drogues et des Toxicomanies, Drogues et addictions, chiffres clés 2025, 15 janvier 2025
Psychologue clinicienne - Consultante
Psychologue depuis 10 ans, Emma met son expérience de terrain au service des préventeurs, RH et élus, souvent en première ligne et eux aussi fragilisés.
Son objectif : leur transmettre des outils …
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