Licenciement d’un salarié protégé autorisé : annulable au regard des manquements passés de l’employeur
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En thĂ©orie, lors du licenciement d’un salariĂ© protĂ©gĂ©, soumis Ă autorisation de l’Inspection de travail, c’est le juge administratif qui est compĂ©tent. Toutefois, qu’en est-il en cas de manquements de l’employeur commis prĂ©alablement au licenciement ?Â
Licenciement d’un salarié protégé : juge judiciaire ou juge administratif ?
En droit, il existe un principe de séparation des autorités administratives et judiciaires.
Concrètement, cela signifie que la justice est divisée entre :
- l’ordre judiciaire : lequel juge les litiges entre personnes privées (ex :  conflits entre salariés et employeurs)
- l’ordre administratif : lequel juge les litiges impliquant l’administration.
Lorsqu’un salarié bénéficie d’un statut protecteur, du fait de son mandat de représentant du personnel ou syndical, le licenciement est conditionné à l’autorisation préalable de l’Inspection du travail.
Ainsi, c’est le juge administratif qui est compĂ©tent pour statuer sur le caractère rĂ©el et sĂ©rieux du licenciement.Â
Licenciement d’un salarié protégé : même autorisé, il peut être jugé nul par le juge judiciaire
L’autorisation de licencier accordée par l’Inspection du travail ne fait pas obstacle à ce que le salarié protégé saisisse le conseil de prud’hommes pour faire valoir les droits résultant d’éventuelles fautes commises par l’employeur, antérieurement au licenciement.
C’est ce qu’a une nouvelle fois confirmĂ© la Cour de cassation Ă propos d’un dĂ©faut de visite de reprise.Â
Rappel
Le salarié bénéficie notamment d'un examen médical de reprise pratiqué par le médecin du travail après une absence d'au moins 30 jours pour cause d'accident du travail.
Faute d’en bénéficier, les dispositions protectrices applicables aux salariés victimes d’un accident de travail continuent de s’appliquer et le salarié ne peut donc être licencié que dans des cas strictement limités. A défaut, le licenciement prononcé peut être entaché de nullité.
Dans cette affaire, un reprĂ©sentant d’une section syndicale a Ă©tĂ© licenciĂ© pour motif Ă©conomique, après autorisation de l'Inspection du travail.Â
Il a saisi la juridiction prud'homale pour contester son licenciement et notamment l’absence de visite médicale de reprise.
La Cour de cassation s’est demandée si le juge judiciaire était compétent pour examiner ce manquement de l’employeur malgré l’existence d’une autorisation administrative de licenciement définitive.
Elle a rappelé que le juge judiciaire ne pouvait pas remettre en cause l'autorisation administrative de licenciement.
En revanche, elle a affirmé que ce dernier restait compétent pour apprécier les fautes commises avant le licenciement, notamment le défaut d’organisation de la visite médicale de reprise.
Ainsi, l'existence d'une autorisation administrative n'interdit pas au juge judiciaire d’examiner le comportement de l’employeur avant la rupture du contrat et de prononcer éventuellement la nullité du licenciement.
Pour en savoir plus sur les procédures applicables en cas de licenciement de salariés protégés, nous vous recommandons notre documentation « Les représentants du personnel et la défense des salariés ».
Cour de cassation, chambre sociale, 26 mars 2025, n° 23.12-790 (même autorisé par l’administration, le licenciement d’un salarié protégé peut être jugé nul par le juge judiciaire si le salarié n’a pas bénéficié d’une visite de reprise)
Juriste et autrice en droit social
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