L’humiliation au travail

Publié le 20/09/2023 à 06:18
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Temps de lecture : 4 min

Attention

La réglementation a pu évoluer depuis la publication de cet article. Pensez à vérifier les textes en vigueur.

L’humiliation au travail n’est pas vraiment considérée comme du harcèlement moral car elle présente rarement un caractère répétitif identifiable et les preuves tangibles s’avèrent très souvent compliquées à cumuler. Philippe Prévost dans son livre « L’humiliation dans l’Histoire » dit qu’humilier quelqu'un, c'est le dégrader à ses propres yeux, c'est en quelque sorte le faire mourir. » Au travail, c’est le déshabiller de son nom, de son titre, de ses compétences, de sa place sociale… c’est tout faire pour le réduire à croire qu’il ne vaut rien jusqu’à ce qu’il en soit convaincu.

Une étude publiée en mai 2023 dans la revue Organization Studies, menée par Ismael Al-Amoudi, professeur de management au département Hommes, Organisations et Société de Grenoble de l’Ecole de Management, conclut que l’humiliation au travail est une stratégie gagnante pour les employeurs. Le motif de cette conclusion ? Etre témoin d’une humiliation incite à une plus grande productivité. Certes, cette recherche fut menée en Inde. Mais l’auteur fait plusieurs parallèles avec nos propres (dys)fonctionnements.

L’humain est accessoire et quand il ne correspond plus, il devient un obstacle.

Reconnaître l’humiliation

Quelques exemples d’humiliations qui sont majoritairement passées sous silence :

  • la mise au placard, c’est-Ă -dire ĂŞtre victime d’un isolement progressif, ĂŞtre de moins en moins sollicitĂ© jusqu’à ĂŞtre ignorĂ© ;
  • faire des commentaires dans une rĂ©union qui n’obtiennent aucun retour ou au contraire qui provoquent des remarques incisives pour ridiculiser la personne qui les a Ă©mis ;
  • se faire vertement rĂ©primander, en public ou non, et Ă©prouver le sentiment d’avoir Ă©tĂ© pris en dĂ©faut comme un enfant que l’on veut corriger ;
  • supporter un manager qui aime « faire payer » ceux qui n’entrent pas dans son club de « favoris » ;
  • travailler avec un manager ou collègue qui s’en prend Ă  la personne qui revient d’une longue absence ou d’un congĂ© maternitĂ© parce qu’il a fallu assumer et rĂ©organiser la charge de travail.

Ces humiliations sont un réel supplice. Comme le goutte-à-goutte qui s’enfonce jusqu’au fond du cerveau pour séquestrer l'Être dans une honte racoleuse et parfois mortelle. Et puis, vient le jour où l’employeur acte la dernière étape de l’humiliation : il se débarrasse de celui ou celle qu’il considère comme étant une nuisance. Tous ceux qui sont invités à quitter leur poste ne sont pas des harceleurs ni des incompétents ou des paresseux ou profiteurs … au risque de choquer, c’est souvent ceux-là qui restent et qui jouissent d’un public soumis et peu loquace.

Les témoins de l’humiliation ou l’histoire d’Autobot Ratchet

Avez-vous déjà annoncé à vos collègues que vous alliez partir parce que vous ne faites plus l’affaire ? Lorsque le couperet tombe une fois toutes ces humiliations actées, ou que l’annonce se propage que vous n’êtes plus désirable, il y a un phénomène extraordinaire qui se manifeste… une transmutation soudaine qui dépasse la performance d’Autobot Ratchet, un des personnages du film Transformers. L’entourage ne nous reconnaît plus, enfin, il ne nous reconnaît plus comme quelqu’un de crédible, comme si soudainement, non seulement l’employeur mais aussi les collègues, avec qui tant de tranches de vies furent partagées, ne vous connaissent tout simplement plus.

Nous regardons nos pieds, notre ventre, nos mains et malgré cette soudaine impression de transparence ou d’être méconnaissable, un pincement de peau confirme notre réalité. Non, nous n’avons pas changé, mais quelque chose d’abrupte vient de se produire. Nous ne présentons plus d’intérêt. Les qualités qui nous étaient pourtant attribuées viennent d’être soufflées par des langues qui se délient, inventant des non-dits et des trombes de reproches pourtant inexistants jusqu’alors, et qui dormaient sans doute paisiblement dans ces « saints » ou « sains » esprits.

L’humiliation fracasse des vies sur les falaises de l’indignité qui ont vu bien des âmes se jeter à leurs pieds. Et parce qu’elle n’est pas reconnue comme arme de dégradation morale et humaine et surtout parce qu’elle est utilisée par ceux qui prétendent à un niveau social qui leur revient de droit, son usage provoque des dommages souvent irréversibles.

Lorsque nous nous accommodons de l’humiliation des autres, même sans y participer, notre silence fait foi de notre soumission. Évidemment, le fardeau de celui qui a vu partir ne sera jamais le même que porte celui qui s’en va. Mais pour les deux, la souffrance muette laissera des traces.

Prisca Lepine auteur
Prisca Lépine

Québécoise au parcours atypique, d’abord psychologue clinicienne dans une large institution de santé, j’ai été rapidement saisie par l’impact du climat de travail sur les comportements, et, au même …

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