Les services de santé au travail, acteurs du bien-être au travail ?

Publié le 17/06/2015 à 08:15·Modifié le 11/07/2017 à 18:26
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Temps de lecture : 6 min

Attention

La réglementation a pu évoluer depuis la publication de cet article. Pensez à vérifier les textes en vigueur.

En 1946, l’OMS établissait une définition très extensive de la santé : « un état complet de bien-être physique, mental et social, ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité ». Cette définition a fait en partie son chemin dans la société et plus précisément dans le domaine de la santé au travail.

Depuis la loi de modernisation sociale de 2003, complétée par la jurisprudence, l’intégration des risques psychosociaux dans les risques professionnels est devenue une obligation de l’employeur, un enjeu de bien-être au travail. En même temps, les entreprises découvrent progressivement l’impact du bien-être au travail sur la productivité, l’attractivité, la créativité… et la performance.

Conformément à la définition de l’OMS, s’impose donc de plus en plus l’idée que l’obligation de santé est une obligation de bien-être. Qu’est-ce que cela change pour l’entreprise ? Quel rôle jouent les services de santé au travail et les médecins dans cette évolution ? Où en sont les entreprises ? Cette approche est-elle possible pour toutes les tailles d’organisation ?

Santé, bien être, performance : un même combat ?

Santé, bien-être et performance sont trois enjeux fortement reliés et services de santé et managers ont tout intérêt à coordonner leurs efforts pour y répondre.

Ils suivent d’ailleurs les mêmes indicateurs, les premiers pour estimer l’état de santé des salariés, les seconds pour s’assurer de la performance de l’organisation (citons l’absentéisme, le turn-over, le présentéisme, les accidents, les conflits, les retards de production, etc.).

Ils agissent, les uns et les autres, sur les leviers du bien-être, de la santé psychique et de la performance, tels que la reconnaissance, l’autonomie, le sens du travail, les ressources, la solidarité ou encore la mobilisation des compétences.

Quel est le rôle du médecin du travail ?

Les médecins du travail situent leur mission à un double niveau.

Un niveau de surveillance de l’état de santé global des individus avec pour objectifs :

  • de dĂ©tecter les troubles physiques et psychiques, les maladies, qu’ils soient la consĂ©quence du travail ou qu’ils l’impactent ;
  • d’identifier des situations de travail individuelles ou collectives reprĂ©sentant un risque pour la santĂ© des salariĂ©s ;
  • d’alerter l’employeur sur ces situations ;
  • de conseiller sur l’amĂ©nagement individuel et/ou collectif des postes de travail en prĂ©vention de la dĂ©sinsertion professionnelle.

Un second niveau est centré sur l’analyse des causes des problèmes de santé en termes d’hygiène, de sécurité et d’environnement de travail. Les médecins se donnent alors pour objectif de contribuer au bien-être des salariés :

  • ils participent Ă  la prĂ©vention en rĂ©digeant la fiche d’entreprise qui consigne les risques professionnels, en rĂ©alisant des visites d’entreprise, en participant au CHSCT, en conseillant l’entreprise, en incitant les entreprises Ă  ĂŞtre moteur de la prĂ©vention ;
  • ils conseillent les salariĂ©s pour qu’ils soient acteur de leur santĂ©: sport, gestion du stress, suivi mĂ©dical, etc.

Une réforme de la santé au travail qui favorise cette approche santé/bien-être/performance

Depuis les diverses réformes de la santé au travail, les médecins du travail collaborent de plus en plus avec une équipe composée d’infirmiers en santé au travail, d’assistants en santé au travail, de conseillers en prévention, d’ergonomes ou de psychologues du travail.

Cette pluridisciplinarité offre aux entreprises des regards croisés d’experts et différents niveaux d’interventions, ce qui élargit la prise en charge et la prévention.

Avec ces acteurs, les médecins poussent les entreprises à se repenser en identifiant les sources de mal-être liées à leur fonctionnement, à leur modèle d’organisation et de management. Il est intéressant de noter que la jurisprudence a également cheminé dans ce sens depuis la loi de 2003 en prenant position contre des organisations facteur de risques psychosociaux (Arrêt Snecma 2008, arrêt Fnac 2012).

Où en sont les entreprises ?

Toutes les entreprises n’en sont pas au même stade d’avancement sur cette question. L’acculturation est lente, mais les incitations réelles, tant du fait, on l’a dit, de l’évolution de la réglementation et de la jurisprudence, que de celle de la santé au travail.

Cette dernière joue un rôle majeur, notamment parce que les médecins en tête montrent aux salariés comme aux entreprises qu’on ne peut pas dissocier le bien-être du management de l’organisation.

Dans le cas contraire, cela reviendrait à se limiter au traitement des symptômes (mal de dos, difficulté relationnelle, déprime, etc.) qui conduisent essentiellement à des réponses individuelles (formation, aide à la gestion du stress, changement de poste, etc.), sans atteindre les causes profondes du symptôme liées à l’organisation du travail. Par exemple, la surcharge et l’intensité du travail peuvent produire un manque de temps, un stress, une humeur irritable qui dégradent la relation de travail.

Ainsi, la prise en compte de la santé comme bien-être engage une vision plus englobante, invitant à dépasser des solutions de court terme essentiellement médicales, très individualisées, pour promouvoir un effort plus large, organisationnel et collectif.

Aller plus loin avec la qualité de vie au travail

Allons plus loin en acceptant les conséquences d’une vision positive de la santé (et non plus seulement privative, soit l’absence de maladie). La santé, entendue comme le bien-être au travail, est également désignée sous l’acronyme QVT (qualité de vie au travail) qui intègre des notions encore plus larges comme l’égalité professionnelle, le handicap, la pénibilité… L’accord interprofessionnel QVT de juin 2013 engage les entreprises à mutualiser des démarches relatives à ces différents enjeux, auparavant dissociées, avec pour objectif de les mettre en cohérence les unes avec les autres. Ainsi, l’évolution de la notion de risques psychosociaux vers celle de qualité de vie au travail re-questionne-t-elle la distinction, faite encore récemment, entre d’une part la santé et les conditions de travail, et d’autre part, les questions relevant des RH et du management de l’Organisation. Verra-t-on une évolution des services de santé au travail vers des missions plus larges ? C’est une réflexion à poursuivre.

On peut néanmoins s’interroger sur la possibilité de conduire une démarche de QVT dans les TPE/PME, qui manquent souvent de moyens pour la mettre en place, et dont les thèmes pourraient sembler éloignés de leur réalité de travail ?

Les TPE/PME sont principalement suivies par les services de santé au travail interentreprises qui ne peuvent pas actuellement les accompagner dans une approche holistique qui s’éloignerait du lien entre santé et travail.

Conclusion

Il faut aujourd’hui ancrer les premiers acquis qui ont élargi le champ des risques professionnels aux risques psychosociaux ; qui ont renforcé la prévention et la prise en charge de la santé au travail ; qui ont engagé les entreprises à faire le lien entre santé, bien-être et performance. Progressivement, la santé des salariés apparait comme un indicateur de la santé de l’Organisation, de sa compétitivité. La santé au travail doit apporter son regard et sa valeur ajoutée aux managers et au CHSCT, dans une approche collaborative.

Elodie Briançon – Psychologue du travail en service de santé au travail interentreprise Agemetra
Benjamin Gay, directeur Sens & idées

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