La déviance positive : la clé du changement efficace pour les entreprises
Attention
La réglementation a pu évoluer depuis la publication de cet article. Pensez à vérifier les textes en vigueur.
StĂ©phanie est responsable dâagence intĂ©rim, elle choisit dâaccorder des congĂ©s Ă son Ă©quipe sans tenir compte des conditions obligatoires Ă lâattribution de ceux-ci dĂ©finis par le groupe, quâelle juge trop rigides. Son Ă©quipe lui en est reconnaissante. Elle a le plus faible taux dâabsentĂ©isme des agences françaises.
Marc travaille au back office dâune grande entreprise en assurance. AprĂšs avoir proposĂ© Ă son manager de dĂ©velopper un outil annexe permettant de traiter les chiffres plus efficacement, il ne tient pas compte de son refus et dĂ©veloppe en secret lâoutil qui lui permet de gagner un temps considĂ©rable dans son travail et de limiter le risque dâerreur de saisie.
Franck sort tout juste de lâĂ©cole et a intĂ©grĂ© une entreprise dans le secteur du bĂątiment. Depuis quelque temps, il a choisi dâutiliser une mĂ©thode diffĂ©rente de celle donnĂ©e par lâarchitecte ou le conducteur de travaux. Cela lui permet de baisser la difficultĂ© du travail et de rendre la tĂąche plus simple mais dâaussi bonne qualitĂ©.
Laurent est professeur de philosophie, il a demandĂ© le premier jour de cours Ă ses Ă©lĂšves de terminal de choisir une note entre 15 et 16 de maniĂšre alĂ©atoire. Une fois les notes choisies il conclut : « maintenant que la question de la note est rĂ©glĂ©e pour lâannĂ©e, nous allons pouvoir faire de la philosophie ». Sa classe a obtenu la meilleure moyenne au bac du lycĂ©e.
Quel est le point commun entre ces diffĂ©rents individus ? Lâadoption de comportements transgressifs, dĂ©viants, en dehors des normes et rĂšgles Ă©tablies par leur pratique, leur organisation ou leur manager et qui ont de fortes chances dâĂȘtre sanctionnĂ©s. NĂ©anmoins, ces individus que lâon peut qualifier de « dĂ©viants positifs » ont tous la volontĂ© dâapporter un bĂ©nĂ©fice Ă leur organisation ou aux membres qui la composent.
Contexte et enjeux
Dans un environnement Ă©conomique fortement concurrentiel au sein duquel les changements organisationnels demandent une plus grande force dâinnovation et de crĂ©ativitĂ©Ì, les entreprises ne peuvent plus uniquement pousser leurs salariĂ©s Ă travailler plus dur.
En effet, de nombreuses Ă©tudes montrent quâaujourdâhui, lâavantage compĂ©titif et le succĂšs des organisations rĂ©sident de plus en plus dans les initiatives personnelles et les comportements proactifs Ă la recherche dâamĂ©lioration et de rĂ©solution de problĂšmes. De plus, la qualitĂ©Ì du leadership va sans doute constituer le principal facteur des performances pĂ©rennes des entreprises du 21e siĂšcle et la clĂ©Ì de leur compĂ©titivitĂ©Ì future.
ParallĂšlement, les chercheurs voient croĂźtre la prĂ©valence des comportements destructeurs au sein des entreprises, aussi appelĂ©s comportements dĂ©viants nĂ©gatifs. Ă titre dâexemple, prĂšs de 95 % des employĂ©s dĂ©clarent avoir fait lâexpĂ©rience de comportements dĂ©viants nĂ©gatifs au sein de leurs organisations. 75 % des employĂ©s se sont dĂ©jĂ Ì engagĂ©s dans une de ces formes de comportements dans lâintention de nuire Ă leur entreprise : vol, fraude informatique, dĂ©tournement de fonds, vandalisme, sabotage ou absentĂ©isme. L'impact financier du vol gĂ©nĂ©ralisĂ© des employĂ©s a Ă©tĂ© estimĂ© Ă 50 milliards de dollars par annĂ©e sur l'Ă©conomie amĂ©ricaine. D'autres chercheurs estiment cet impact compris entre 6 et 200 milliards de dollars par annĂ©e. Par ailleurs, les victimes de dĂ©viance nĂ©gative interpersonnelle en milieu du travail sont plus susceptibles de souffrir de problĂšmes liĂ©s au stress et montrent une diminution de la productivitĂ© et un taux de turnover Ă©levĂ©.
Comment expliquer ce paradoxe ?
Pour bien comprendre ce curieux paradoxe, il convient de se pencher sur lâĂ©volution historique du travail.
De maniĂšre gĂ©nĂ©rale, les nombreux spĂ©cialistes du monde du travail observent ce paradoxe entre dâun cĂŽtĂ©, la nĂ©cessitĂ© pour les entreprises de pouvoir innover et sâadapter et de lâautre, un management qui ignore encore trop la valeur ajoutĂ©e du travail rĂ©el. Le management nierait lâactivitĂ© spontanĂ©ment effectuĂ©e par les collaborateurs, souvent plus riche que le travail prescrit, pour des causes diverses telles que le dĂ©sir totalitaire des dirigeants, la division du travail ou encore la mĂ©connaissance de lâapport considĂ©rable que constitue le travail rĂ©el.
Selon Norbert Alter, lâexplication est Ă rechercher dans la crainte du dirigeant de porter atteinte Ă son propre pouvoir et Ă sa propre lĂ©gitimitĂ© en accueillant les initiatives de ses collaborateurs.
Afin de comprendre lâorigine dâun tel paradoxe et connaĂźtre les clĂ©s favorisant les comportements dĂ©viants constructifs, tĂ©lĂ©chargez le dossier sur la dĂ©viance positive en intĂ©gralitĂ©.
Vous vous posez des questions sur les RPS et le rÎle du management ? Les Editions Tissot vous conseillent leur documentation « Risques psychosociaux ».
Consultante, Dr Sciences de Gestion
DiplĂŽmĂ©e dâun Master 2 de Psychologie Sociale des Organisations de lâUniversitĂ© Paris X Nanterre-La DĂ©fense et dâun doctorat en Sciences de Gestion du laboratoire pluridisciplinaire LIPHA, Mathilde âŠ
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