Connaissons-nous réellement notre niveau d’adaptation professionnelle ?
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Souvent prĂ©sentĂ©e comme un critère d’embauche attendu, la capacitĂ© d’adaptation fait surtout rĂ©fĂ©rence Ă une capacitĂ© de se soumettre Ă diffĂ©rents rythmes de travail sous pression et rĂ©pondre Ă des exigences multiples dans un temps donnĂ©. Toutefois, sans l’exprimer clairement, elle demande aussi de savoir manĹ“uvrer avec les nombreuses incohĂ©rences organisationnelles. Â
De la capacité d’adaptation au cauchemar d’adaptation
Tout comme notre niveau de tolĂ©rance ou d’endurance, notre capacitĂ© d’adaptation est bien individuelle, en fonction de chacun. Mais au travail, nous la traitons plutĂ´t comme un genre d’acquis qui, disons-le, ne reçoit guère de considĂ©ration. Pourtant, cette capacitĂ© d’adaptation peut vite se transformer en cauchemar d’adaptation. Â
Responsable de risques psychosociaux importants lorsqu’elle est sur-sollicitĂ©e ou surexploitĂ©e, elle affecte nos humeurs, notre patience, notre capacitĂ© d’analyse et notre niveau de rĂ©sistance au changement. Lorsque la limite est franchie, elle devient un important gĂ©nĂ©rateur de stress et d’anxiĂ©tĂ© qui impacte non seulement la performance, mais peut remettre en question notre système de valeurs individuelles et questionner celles de l’organisation ainsi que l’implication professionnelle et l’engagement.Â
Nous pouvons cĂ©lĂ©brer toutes les innovations, les nouvelles technologies qui facilitent le travail, la communication, l’efficacitĂ©, mais nous ne pouvons pas changer les besoins fondamentaux de la nature humaine. Et lorsque nous en faisons abstraction, nous devenons malades psychiquement et physiquement. Il est facile, voire Ă©trange, de penser que nous pouvons nous exposer continuellement Ă de nouveaux pĂ©rimètres et paramètres sans en ressentir les effets. Comme si l’humain Ă©tait cette machine qui devait s’adapter Ă nos dĂ©sirs.Â
Surexploitation des capacités et santé mentale
Aujourd’hui, la santĂ© mentale au travail n’est plus un sujet rĂ©servĂ© aux « faibles », comme Ă©taient qualifiĂ©s, Ă une Ă©poque pas si lointaine, ceux qui ne savaient plus s’adapter. Parce qu’il s’agit bien d’adaptation surexploitĂ©e quand nous arrivons au bout de nos forces, quand nous « cassons ». On le sait maintenant, ce problème tentaculaire touche au moins 50 % des salariĂ©s. Et la QVCT n’a rien changĂ© du paysage dĂ©sastreux qu’offre le cadre professionnel, peu importe l’activitĂ©. Â
Peut-ĂŞtre que certains Ă©lĂ©ments manquaient Ă l’équation ou que les organisations sont restĂ©es dans leur dĂ©fensive habituelle, sourdes et muettes aux facteurs humains qui influencent l’organisation. Mais les consĂ©quences sont importantes car ce dĂ©ni ou cet Ă©vitement ne peut que se rĂ©percuter par la suite sur les salariĂ©s pris au piège des volontĂ©s dirigeantes axĂ©es sur des intĂ©rĂŞts plus nobles à leurs yeux. Si l’envie vient de jeter la pierre sur un raisonnement qui, d’apparence, pourrait s’avĂ©rer simpliste, il faut alors se rĂ©fĂ©rer Ă notre Ă©chelle de valeurs socio-professionnelles. Plus le travail se rapproche de l’humain, moins il est reconnu et payĂ©. Les soignants qui vivent tiraillĂ©s par la pression exercĂ©e de l’augmentation des besoins humains et leur incapacitĂ© de s’adapter davantage finissent eux aussi « cassĂ©s ». Lorsqu’on parle de fraternitĂ© comme valeur sociĂ©tale, il vaut mieux rĂ©viser sa copie. Â
Une des raisons qui fait que nous ne sommes plus disponibles aux autres est que notre seuil de capacitĂ© d’adaptation se trouve franchi. L’individualisme n’est pas juste un problème occidental ayant pour origine un besoin Ă©gocentrique. C’est un courant alimentĂ© par l’usure des limites personnelles et professionnelles. Plus nous devenons intolĂ©rants, moins nous pouvons nous adapter. Moins nous pouvons nous adapter, et plus nous devenons intolĂ©rants.Â
Deux Ă©lĂ©ments fondamentaux pour l’humain se confrontent continuellement Ă une totale indiffĂ©rence : la cohĂ©rence et l’acception des rĂ©alitĂ©s telles qu’elles sont. Ils sont pourtant cruciaux pour favoriser la rĂ©duction des facteurs de stress de manière instantanĂ©e sans peser sur notre capacitĂ© d’adaptation.Â
Pour aider les salariés à prendre conscience de leurs difficultés psychologiques dans le cadre du travail, les Editions Tissot proposent leur tout nouveau fascicule : « Porter secours : sensibilisation aux gestes d’urgence ».
Québécoise au parcours atypique, d’abord psychologue clinicienne dans une large institution de santé, j’ai été rapidement saisie par l’impact du climat de travail sur les comportements, et, au même …
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