Liberté d’expression : le mandat protège mais n'immunise pas

Publié le 19/06/2025 à 15:17·Modifié le 27/06/2025 à 16:32
·

Temps de lecture : 3 min

La liberté d’expression bénéficie à chaque salarié, dans l'entreprise et en dehors de celle-ci. Pour autant cette liberté n’est pas absolue. Aussi, face à des abus en la matière, le mandat détenu par un salarié ne pourra pas toujours servir de bouclier. Illustration avec le cas d’un salarié protégé ayant tenu des propos racistes et homophobes.

Liberté d’expression d’un salarié : l’abus peut toujours être caractérisé

Les représentants du personnel, comme tous les salariés, jouissent dans l'entreprise, comme en dehors de celle-ci, de leur liberté d'expression.

Bon Ă  savoir

Des restrictions justifiées par la nature de la tâche à accomplir et proportionnées au but recherché peuvent être apportées à la liberté d’expression du salarié (exemple : obligation de neutralité au sein du règlement intérieur).

Toutefois, un usage abusif de la liberté d’expression reste sanctionnable. Par usage abusif, la jurisprudence entend des propos injurieux, diffamatoires ou excessifs.

De tels griefs reprochés au salarié ne sont pas sans risque. En effet, un licenciement prononcé en violation d'une liberté fondamentale (liberté d'expression, liberté syndicale, liberté religieuse) encourt la nullité.

Pour caractériser un abus de la liberté d’expression, les juges s’intéresseront notamment à la teneur des propos, à leur diffusion ou leur publicité, au contexte dans lequel les propos ont été tenus ou encore aux fonctions exercées par leur auteur.

Les élus ont une liberté d’expression appréciée largement (ex : élue critiquant la loi Travail pendant un temps de pause, exprimer des désaccords avec la politique de rémunération de l’entreprise etc.)

Lorsque l’abus est établi, le salarié commet une faute pouvant justifier son licenciement.

Liberté d’expression d’un représentant du personnel : la protection du mandat est inopérante en cas d’abus

Le salarié investi d’un mandat représentatif bénéficie d’un statut protecteur. Son licenciement est alors conditionné à l’autorisation préalable de l’Inspection du travail qui doit vérifier que le licenciement envisagé n’est pas  en rapport avec les fonctions représentatives.

A ce titre, peut-il se prévaloir de son mandat pour se soustraire aux conséquences disciplinaires qu’emporteraient un abus de la liberté d’expression ?

Le Conseil d’Etat a récemment été saisi de la question.

En l’espèce, un représentant syndical avait adopté un comportement humiliant, insultant et menaçant à l'encontre de ses collègues et avait tenu des propos : 

  • Ă  caractère raciste et homophobe ayant eu pour effet une dĂ©gradation des conditions de travail ;
  • irrespectueux Ă  l’encontre de la direction.

Compte tenu de la gravité des faits, l’employeur a sollicité l’autorisation administrative de licencier.

L’Inspection du travail a opposé un refus aux motifs :

  • que certains faits reprochĂ©s Ă  l'intĂ©ressĂ© Ă©taient prescrits ;
  • que le climat de dĂ©gradation des conditions de travail n'Ă©tait pas imputable Ă  l'intĂ©ressĂ© ;
  • que les faits Ă©tablis et non prescrits ne revĂŞtent pas en eux-mĂŞmes un caractère insultant ou menaçant ;
  • que les propos tenus Ă  l'encontre de la direction se rattachaient Ă  l'exĂ©cution normale de son mandat de reprĂ©sentant syndical.

La ministre du Travail a balayé d’un revers les arguments de l’administration pour finalement autoriser le licenciement. Le Conseil d’Etat valide la motivation de la décision rendue par la ministre qui a valablement conclu que l'ensemble de ces faits revêtaient le caractère d'une faute d'une gravité suffisante justifiant le licenciement.

Le mandat détenu par un salarié protégé ne saurait l’immuniser face aux abus qu’il aurait commis dans l’exercice de sa liberté d’expression.

Toutes les spécificités liées à la rupture du contrat d’un représentant du personnel vous sont détaillées dans notre documentation « CSE ACTIV » et plus précisément dans la fiche « Maîtriser les étapes de rupture du contrat d’un élu ».

Conseil d’Etat, 4e et 1re chambres réunies,  7 mars 2025, n° 492105 (un abus caractérisé dans la liberté d’expression peut justifier le licenciement d’un salarié protégé)

4754
Florent Schneider

Juriste et Responsable Pôle Droit social chez Wagner et Associés

Les meilleures ventes

RDS realistic
Les représentants du personnel et la défense des salariés
Répondez facilement à toutes les questions des salariés en droit du travail et guidez-les dans leurs démarches.
Questions réponses
ESSAI GRATUIT
À partir de420 €HT/an
En ligne
Papier
Ecom tissot cse ia
Tissot CSE IA
La seule IA spécialement pensée pour les élus CSE : basée sur nos fonds documentaires avec l’appui de juristes spécialisés.
IA
ESSAI GRATUIT
À partir de1080 €HT/anau lieu de 1200 €
En ligne
BCS realistic
Vos représentants du personnel, faire respecter vos droits
Expliquez aux salariés le rôle et les missions du CSE ainsi que les sujets sur lesquels les élus les accompagnent.
CSEA distribuer
82 €HT
Fascicules