Le vide

La Direction Générale du Trésor a annoncé que nous aimons tellement le vide qu’il va affecter la productivité des entreprises, au point de faire perdre à la France des points de PIB. Il est question ici du fameux « scrolling », de notre addiction face aux écrans, de notre consommation immodérée des réseaux sociaux.
Une perte de temps productif
Selon la Direction GĂ©nĂ©rale du TrĂ©sor, certaines plateformes numĂ©riques gĂ©nèrent une perte de temps productif et ont un impact sur les facultĂ©s cognitives ou la santĂ© mentale qui, Ă terme, rĂ©duira la productivitĂ© des futures gĂ©nĂ©rations lorsqu’elles entreront sur le marchĂ© du travail.Â
Ce temps improductif, ce vide, n’est qu’une facette du problème. Il existe au moins trois autres impacts beaucoup plus pervers, voire les plus pervers qui soient :
nous Ă©loigner des uns et des autres ;Â
nous déposséder de la faculté de réfléchir ;
et encore plus grave, nous empĂŞcher de ressentir de la compassion les uns envers les autres car le cerveau ne peut plus lire les Ă©motions et ne sait plus les reconnaĂ®tre. Ce qui explique la rĂ©duction significative de notre seuil de tolĂ©rance vis-Ă -vis d’autrui.Â
L’altération des facultés sociales
Bien que la santĂ© mentale soit affectĂ©e, nous ne percevons rien jusqu’à ce que nous ne soyons plus capable de faire face Ă la rĂ©alitĂ©, après avoir tout tentĂ© pour l’éviter ou avoir jouĂ© Ă en faire une distorsion. Nous sommes de plus en plus loin de la machine Ă cafĂ© oĂą l’on se retrouvait pour discuter, mĂŞme des sujets les plus redondants, voire de ceux qui donnaient l’impression de parler pour ne rien dire. Pourtant, ce moment qui pouvait sembler vide n’altĂ©rait pas nos facultĂ©s sociales, mais au contraire les construisait.Â
La responsabilitĂ© des entreprises est cruciale dans la dĂ©connexion, car si les Ă©crans sont indispensables, les temps de rĂ©flexion collective et de sensibilisation aux dangers dĂ©passent le simple devoir d’information. L’habitude d’être connectĂ©, de jongler entre ordinateur, tablette et tĂ©lĂ©phone qui d’apparence semble innocente ou inoffensive, ne va pas seulement jouer contre le salariĂ© ou contre la performance globale, mais va aussi affecter notre capacitĂ© Ă vivre ensemble.Â
Lorsque nous Ă©voquons le travail en termes de perte de sens, Ă force de l’évoquer, de le chercher, le risque est que nous souffrions inconsciemment du syndrome du vide, le vide ayant dĂ©jĂ fait son chemin. Ce n’est pas la faute Ă la malchance, mais bien une conjoncture qui nous Ă©loigne de l’essentiel, au point que nous ne savons plus le reconnaĂ®tre.Â
A quoi ressemble la sensation du vide ?
Si certains disent que la sensation de vide donne le vertige, pour d’autres, elle reste difficile Ă cerner ou laisse un sentiment d’inconfort, de malaise intĂ©rieur nous incitant Ă chercher un responsable avant de nous questionner sur notre propre Ă©tat d’esprit.Â
Le vide professionnel existe bel et bien, ce trou noir qui ne répond plus ni au sens du travail, ni à l’envie d’escalader tous les projets nés et à naitre avec passion. Au matin, assis sur le bord du lit, on tente de s’en échapper en ouvrant le jet d’eau froide pour un coup de fouet. On se coiffe, on se regarde dans le miroir et la buée nous monte au cerveau… Panique. On fait semblant de ne rien voir, on ouvre sa garde-robe pour choisir le vêtement qui mettra un peu de couleur sur cette sensation déstabilisante et remontera ce moral qui plombe sans pouvoir lui trouver une quelconque justification. Mais malgré tout, en dépit des manœuvres de concentration et des cafés avalés coup sur coup, cette sensation de vide colle à la peau.
Et si c’était enfin une vraie bonne nouvelle ?
Si la sensation de vide peut donner le vertige, elle peut aussi ĂŞtre l’occasion de freiner nos distorsions cognitives, d’arrĂŞter de chercher des rĂ©ponses faciles, de cesser de redessiner la rĂ©alitĂ© pour Ă©viter les contraintes.Â
Le travail définit trop souvent notre valeur en tant qu’individu. Lorsqu’il conditionne l’estime de soi, qu’il devient essentiel pour définir qui nous sommes, lorsque nous devenons le travail pour combler le vide, il faut considérer ce vide sous un autre angle. En faire un vide nourricier, inspirant. Profiter de ce que le vide force l'arrêt pour réfléchir, apprendre à développer un autre état d’esprit.
La SantĂ© des Organisations est sur le point de prouver que l’état d’esprit est ce qui change tout du milieu professionnel et de la qualitĂ© de vie. Au lieu de s’attaquer aux diversions, il vaut mieux s’en prendre Ă notre manière de nous voir et de voir le monde et d’enfin cesser de laisser couler le vide.Â
Pour initier ou renforcer la démarche de prévention des risques psychosociaux dans votre entreprise, nous vous recommandons la documentation « RPS et QVT : le pas à pas d’une démarche à succès ».
Ministère de l’économie, des finances et de la souverainetĂ© industrielle et numĂ©rique - L’économie de l’attention Ă l’ère du numĂ©rique, 4 septembre 2025Â
Québécoise au parcours atypique, d’abord psychologue clinicienne dans une large institution de santé, j’ai été rapidement saisie par l’impact du climat de travail sur les comportements, et, au même …
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