Mise à pied conservatoire : aucune obligation d’informer le salarié sur l’ouverture d’une enquête interne
La mise à pied conservatoire permet d’écarter le salarié de son poste de travail le temps nécessaire pour étudier les faits qui lui sont reprochés. Avant de vous prononcer, vous pouvez diligenter une enquête en interne. Mais rien ne vous oblige à informer le salarié sur votre démarche, ni de préciser que vous suspendez votre décision aux résultats de cette instruction.
Mise à pied conservatoire : suspension du contrat de travail le temps qu’une sanction soit éventuellement prise
Dans le cadre d’une procĂ©dure disciplinaire, la mise Ă pied conservatoire est une mesure qui permet de suspendre immĂ©diatement le contrat de travail du salariĂ© dans l’attente d’une sanction dĂ©finitive.Â
Le salarié est dispensé d’effectuer son travail pendant cette période.
Son recours suppose que les faits reprochĂ©s au salariĂ© soient graves et qu’ils nĂ©cessitent sa mise Ă l’écart.Â
Bon Ă savoir
La mise Ă pied conservatoire peut aboutir :
- à la prise d’une sanction disciplinaire (avertissement, etc.), voire aucune sanction ;
- à sa transformation en une mise à pied disciplinaire ;
- à la prise d’une sanction plus lourde : mutation disciplinaire, rétrogradation, voire licenciement.
Si vous prenez la décision de licencier le salarié pour faute grave ou pour faute lourde, la période de mise à pied conservatoire ne sera pas rémunérée. Il en sera de même si vous prononcez une mise à pied disciplinaire pour une période égale ou supérieure à la mise à pied conservatoire.
Mise à pied conservatoire : l’employeur n’a pas à mentionner qu’une enquête interne est en cours
La mise Ă pied conservatoire peut ĂŞtre prononcĂ©e dès que vous avez connaissance des faits fautifs.Â
Sachez que même si cela n’est pas obligatoire, il est recommandé de notifier la mesure par écrit, avec remise en main propre contre décharge afin de conserver une preuve écrite. Elle pourrait être utile en cas de litige.
Si vous dĂ©cidez d’ouvrir une enquĂŞte en interne afin de disposer de tous les Ă©lĂ©ments, sachez que vous n’êtes pas tenu d’en avertir le salariĂ© lors de la notification de sa mise Ă pied conservatoire. Cela ne remet pas en question la nature de la mesure.Â
Comme le rappelle la Cour de cassation dans une décision du 17 septembre, la mise à pied conservatoire ne constitue pas une sanction. Il s’agit simplement d’une mesure qui vise à écarter le salarié de son poste de travail le temps de statuer sur les faits reprochés.
Rappel
La mise à pied disciplinaire se distingue de la mise à pied conservatoire. Comme son nom l’indique, il s’agit d’une sanction disciplinaire. Le contrat de travail est suspendu pendant plusieurs jours. Le salarié ne vient pas travailler et il n’est pas rémunéré.
Dans cette affaire, le salarié avait été licencié pour faute grave. Il contestait son licenciement. En effet, l’entreprise lui avait notifié, par lettre, une mise à pied conservatoire le 22 juin 2017.
Le 23 juin 2017, l’employeur avait demandé au référent sécurité de l’entreprise de réaliser une enquête en interne. Le référent avait déposé son rapport le 15 juillet alors que le salarié avait reçu une lettre de convocation à un entretien préalable le 12 juillet 2017, soit avant le résultat de l’enquête. Mais la date de l’entretien préalable avait été fixée après le 15 juillet.
En appel, le licenciement avait été jugé sans cause réelle et sérieuse par les juges.
La cour d’appel reprochait Ă l’employeur de ne pas avoir informĂ© le salariĂ©, lors de la notification de sa mise Ă pied, qu’il suspendait sa dĂ©cision aux rĂ©sultats d’une enquĂŞte interne. Il avait eu l’information le 4 juillet. Ainsi, il n’aurait donc pas eu connaissance du caractère conservatoire de la mise Ă pied.Â
De plus, la cour d’appel avait constatĂ© que l’entreprise avait engagĂ© la procĂ©dure de licenciement avant de connaĂ®tre le rĂ©sultat de l’enquĂŞte interne. Ce qui, selon elle, ne justifiait pas le temps pris entre la notification de la mise Ă pied conservatoire et l'engagement de la procĂ©dure de licenciement.Â
La Cour de cassation n’est pas de cet avis. Ces 20 jours se justifiaient par la nécessité de procéder à des investigations avant d’engager la procédure de licenciement pour faute grave. L’affaire sera donc rejugée.
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Cour de cassation, chambre sociale, 17 septembre 2025, n° 23-23.671 (la mise à pied conservatoire n’est pas une sanction disciplinaire. Cette mesure permet d’écarter le salarié de son poste de travail le temps qu'il soit statué sur son cas en diligentant une enquête en interne)
Juriste en droit social et rédactrice au sein des Editions Tissot
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