Accompagner les seniors dans leurs transitions professionnelles
Derrière le mot « seniors » se cachent des réalités diverses. D’un côté des salariés de 50 ans engagés dans des projets à enjeux, de l’autre des collaborateurs à quelques mois de l’arrêt de leur activité. Quant à ceux ayant entre 55 et 60 ans, qui doivent encore travailler plusieurs années, mais se voient parfois écartés de certains projets, la situation est tout aussi délicate. Comment les accompagner dans cette dernière partie de carrière ?
L’employabilité des seniors : un challenge à relever
En France, le taux d’employabilitĂ© des 55 Ă 64 ans et plus est de 56,9 % seulement (62,4 % pour l’UE) contre 82,5% pour les 25 Ă 49 ans. Les biais de similaritĂ© vont influencer les employeurs, plus enclins Ă recruter des candidats prĂ©sentant des similaritĂ©s d’opinions ou d’expĂ©riences.Â
Leur prĂ©sence plus « passive » dans l’écosystème professionnel peut freiner leur employabilitĂ©, dans la mesure oĂą ils entretiennent un rĂ©seau professionnel « dormant » (composĂ© essentiellement d’anciens ou actuels collègues de leurs entreprises).Â
Un poste en revanche est souvent proposé aux cadres de plus de 50 ans : le management de transition. Leur expérience des réorganisations et leur connaissance d’un secteur d’activité sont perçues comme des atouts pour accompagner les équipes impactées.
L’adaptabilité : les clichés ont la vie dure
Les recruteurs peuvent favoriser les jeunes candidats, en supposant qu’ils s’adapteront mieux Ă la culture de l’entreprise. Or, des Ă©tudes menĂ©es par le Bureau International du Travail montrent que les seniors s’adaptent tout aussi bien que les jeunes actifs. Ils dĂ©veloppent une autonomie rapidement et ne sont pas en reste en termes d’engagement et d’efficacitĂ©. Les Ă©tudes de la commission europĂ©enne rĂ©vèlent que les seniors surpassent leurs cadets en productivitĂ© de 9 %, grâce Ă leur expĂ©rience et auraient, en outre, un taux d’absentĂ©isme moins Ă©levĂ©.Â
Leurs perspectives d’évolution en interne
Les salariĂ©s avec une forte anciennetĂ© bĂ©nĂ©ficient d’un rĂ©seau Ă©tendu dans l’entreprise, qui leur permet de solliciter de nombreux collègues malgrĂ© les transformations. Il peut ĂŞtre pertinent de leur proposer des projets transverses dans la mesure oĂą ils ont occupĂ© des postes divers : ils peuvent ĂŞtre d’excellents consultants auprès des Ă©quipes terrain, en partageant leur savoir-faire.Â
La transmission de leur savoir est un enjeu de taille pour les RH et les managers, les seniors Ă©tant qualifiĂ©s « d’hommes mĂ©moires », dans la mesure oĂą toute leur expĂ©rience est difficilement capitalisable dans les outils habituels. L’expĂ©rience n’est pas nĂ©cessairement transposable telle quelle, et le partage des savoirs ne se fait pas uniquement par « observations ou instructions » mais demande une vĂ©ritable relation entre anciens et nouveaux salariĂ©s. La mise en place du mentorat inversĂ© permet justement un Ă©change entre :Â
seniors qui partagent leur expĂ©rience ;Â
et plus jeunes salariés qui transmettent leurs connaissances et la culture de l’entreprise.
Ces dispositifs fonctionnent d’autant plus dans les structures stabilisĂ©es, ou s’étant bien appropriĂ© les changements technologiques ou organisationnels existants.Â
La montĂ©e en compĂ©tences est aussi capitale, d’autant plus que le sentiment d’avoir la possibilitĂ© d’apprendre diminue après 50 ans. Deux thèmes Ă©mergent Ă ce sujet : les formations sur les compĂ©tences digitales mais aussi sur les compĂ©tences transverses aideraient les seniors Ă maintenir leur employabilitĂ© en interne.Â
Préparer leur transition de vie en douceur
En milieu de vie, les seniors peuvent aussi accumuler des contraintes familiales (avec des enfants qui peuvent avoir des problèmes d’orientation et des parents qui perdent en autonomie). Favoriser l’accès au tĂ©lĂ©travail et aux formations au travail Ă distance peut faciliter la conciliation vie professionnelle /vie personnelle de certains.Â
La retraite, enfin, peut ĂŞtre chez certains une vĂ©ritable crise psychosociale, correspondant Ă une Ă©tape de dĂ©veloppement dans laquelle les individus questionnent leur identitĂ©, leur place dans leur travail ainsi qu’au sein de leur famille. Les formations sur la gestion du temps libre et leur budget et une rĂ©duction progressive du temps de travail peuvent s’avĂ©rer utiles pour ceux qui souhaitent ĂŞtre accompagnĂ©s dans ce nouveau chapitre de leur vie.Â
Notez le
La loi du 24 octobre 2025, communĂ©ment appelĂ©e « loi seniors » contient plusieurs mesures visant Ă maintenir dans l’emploi les salariĂ©s expĂ©rimentĂ©s en considĂ©ration de leur âge, faciliter leur recrutement et renforcer la nĂ©gociation collective sur le sujet de l’emploi des seniors.Â
Allaire G. (juin 2024). Comment maintenir les seniors en entreprise. La tribune de l’assurance. p62-63.Â
Favre Guittet A. (2024). 30 pratiques RH pour valoriser les seniors en entreprise : du recrutement à l’offboarding. Editions Vuiberg.
Psychologue sociale et psychothérapeute
Claire Priquet est psychologue sociale et fondatrice du cabinet Claire Priquet Conseils.
Depuis 14 ans, elle accompagne les entreprises en prévention des risques psychosociaux. Egalement …
- Culpabiliser n’est pas aussi efficace que responsabiliserPublié le 11 mars 2026
- Endométriose : des pistes d’action pour améliorer sa prise en compte en entreprisePublié le 6 mars 2026
- Parents d’enfants gravement malades ou handicapés : les droits des salariés bientôt renforcésPublié le 5 mars 2026
- Ouverture du passeport de prévention : rendez-vous le 16 mars pour les employeursPublié le 27 février 2026
- Santé des salariés : focus sur les informations à intégrer dans la BDESEPublié le 26 février 2026



