Reconnaissance des maladies professionnelles : ce que le PLFSS va réformer dès 2026

Publié le 15/12/2025 à 07:30·Modifié le 17/12/2025 à 11:39
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Temps de lecture : 5 min

Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2026 a été adopté en lecture définitive par l'Assemblée nationale le 16 décembre 2025. Il prévoit une simplification de la procédure de reconnaissance des maladies professionnelles afin de réduire les délais de traitement. Sont notamment envisagés : l’intervention de médecins-conseils pour les dossiers simples et un recentrage des C2RMP sur les cas complexes.

Maladies professionnelles : rappels sur la procédure de reconnaissance

Une maladie est professionnelle si elle est la conséquence de l'exposition plus ou moins prolongée d'un travailleur à un risque physique, chimique, biologique lors de l’exercice habituel de son activité professionnelle.

Selon l’article L. 461-1 du Code de la Sécurité sociale, elle est présumée d’origine professionnelle si elle est désignée dans un tableau de maladies professionnelles et contractée dans les conditions mentionnées dans ledit tableau.

Le rapport entre une maladie et l’exercice d’une profession n’est pas toujours évident à démontrer. C’est pour permettre au salarié de bénéficier de la présomption d’imputabilité, c’est-à-dire lui éviter de devoir apporter la preuve du lien entre cet exercice et la maladie, que sont institués des tableaux des maladies professionnelles.

Chaque tableau comporte trois colonnes correspondant aux trois conditions nécessaires à la reconnaissance de la maladie : 

  • la dĂ©signation la maladie (symptĂ´mes, affections) ;
  • le dĂ©lai de prise en charge (dĂ©lai dans lequel le salariĂ© doit faire constater sa pathologie suite Ă  la fin de son exposition au risque, et dĂ©lai minimal d’exposition) ;
  • la liste des travaux exposant au risque.

Etant précisé que si une ou plusieurs conditions tenant au délai de prise en charge, à la durée d'exposition ou à la liste limitative des travaux ne sont pas remplies, la maladie telle qu'elle est désignée dans un tableau de maladies professionnelles peut être reconnue d'origine professionnelle lorsqu'il est établi qu'elle est directement causée par le travail habituel de la victime.

Notez le

Même lorsqu’une pathologie, comme les troubles psychiques, n’est pas répertoriée dans un tableau de maladie professionnelle, elle peut être reconnue comme telle sous réserve de deux conditions cumulatives : la maladie doit être essentiellement et directement causée par l’activité professionnelle habituelle de la victime et elle doit entraîner le décès ou un taux d’incapacité permanente partielle (IPP) au moins égal à 25 %.

Pour le cas des maladies inscrites sur un tableau mais ne remplissant pas toutes les conditions prévues audit tableau (délai de prise en charge, travaux, etc.), la CPAM saisit le Comité Régional de Reconnaissance des Maladies Professionnelles (C2RMP) qui doit statuer sur le lien direct entre la maladie et le travail habituel de la victime. Sa décision s’impose à la CPAM.

Bon Ă  savoir

Le CRRMP est composé du médecin-conseil régional, du médecin-inspecteur régional du travail (ou le médecin inspecteur qu’il désigne) et d’un praticien qualifié.

Maladies professionnelles : une procédure simplifiée dès 2026

Pour répondre  à l’engorgement des C2RMP, le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2026 prévoit une réforme du dispositif de reconnaissance des maladies professionnelles en modifiant l’article L. 461-1 du Code de la Sécurité sociale.

Bon Ă  savoir

Dans un rapport publié en décembre 2024, l’Anses souligne que « des recherches en santé publique — parfois récentes — permettent aujourd’hui d’objectiver des liens entre travail et santé non considérés par les tableaux existants (...) les listes de travaux limitatives sont souvent trop restrictives par rapport aux connaissances scientifiques, générant de nombreux recours aux C2RMP ».

L’article 95 du PLFSS pour 2026 prévoit tout d’abord de renvoyer à un décret en Conseil d’État la définition des modalités générales d’établissement du diagnostic des maladies professionnelles inscrites aux tableaux, en tenant compte des données acquises de la science.

L’objectif est de remplacer certaines exigences techniques devenues obsolètes ou inadaptées et de mieux s’appuyer sur les recommandations scientifiques actuelles.

Ce décret devra intervenir après avis des organisations syndicales de salariés et d'employeurs au niveau national sur cette question.

Cette mesure doit entrer en vigueur à une date fixée par décret, et au plus tard le 30 septembre 2026.

En outre, le texte envisage de confier à un collège de deux médecins-conseils,  l’examen des dossiers dits « simples », ne remplissant pas toutes les conditions d’un tableau de maladie professionnelle. Serait ainsi réservée aux comités régionaux de reconnaissance des maladies professionnelles (C2RMP) l’étude des seuls cas complexes.

De ce fait, si seule la condition tenant au délai de prise en charge n’est pas remplie, la maladie telle qu’elle est désignée dans un tableau de maladies professionnelles peut être reconnue d’origine professionnelle : 

  • après avis d’au moins deux mĂ©decins conseils recueilli dans des conditions fixĂ©es par dĂ©cret ;
  • lorsqu’il est Ă©tabli qu’elle est directement causĂ©e par le travail habituel de la victime.

L’avis des médecins conseils s’imposera alors à la caisse.

Les comités régionaux de reconnaissance des maladies professionnelles pourront ainsi recentrer leur intervention sur les cas les plus complexes c’est-à-dire lorsque les conditions liées à la durée d'exposition ou à la liste limitative des travaux ne sont pas remplies.

L’objectif de ces mesures est de réduire les délais de traitement et de mieux mobiliser les ressources médicales disponibles.

Elles doivent entrer en vigueur à une date fixée par décret, et au plus tard le 1er janvier 2027.

Important

Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 a été définitivement adopté le 16 décembre 2025 par l’Assemblée nationale. La loi ne sera toutefois applicable qu’après sa publication au Journal officiel et sous réserve d’une éventuelle saisine du Conseil constitutionnel.

Projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, adopté en lecture définitive par l’Assemblée nationale le 16 décembre 2025, article 95

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Tiphaine Mollier

Juriste en droit social et rédactrice au sein des Editions Tissot

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